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| Auteur : | Sujet: amerique | Bas |
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http://www.cyberpresse.ca/actualites/article/article_complet.php?path=/actualites/article/21/1,63,0,122004,872457.php&skip_inter=1 ONTARIO Oui aux tribunaux islamiques Agnès Gruda La Presse Les partisans de l'établissement de tribunaux islamiques ont remporté une victoire cruciale, hier à Toronto. Dans un rapport très attendu, la juriste Marion Boyd appuie le recours aux arbitrages religieux en Ontario dans des causes de droit familial. Même si Mme Boyd suggère de mieux encadrer ces arbitrages pour éviter qu'ils n'aboutissent à des décisions inéquitables, son rapport a été accueilli avec consternation par de nombreux groupes voués à la défense des droits des femmes. Dans les mosquées, en revanche, on exultait. «C'est une journée terrible pour nous. Mme Boyd fait complètement abstraction du fait que le droit de la famille musulman est biaisé contre les femmes», s'indigne Alia Hogben, présidente du Conseil canadien des femmes musulmanes. Cet organisme, qui regroupe des femmes musulmanes pratiquantes, est farouchement opposé au règlement de conflits matrimoniaux devant des tribunaux religieux. «C'est un jour historique, pour la première fois, un État laïque pourrait donner une reconnaissance légale à la loi islamique», jubile Mubin Shaikh, agent de liaison à la mosquée Masjid El Noor, à Toronto. Jusqu'à maintenant, aucun pays occidental n'a reconnu un tel tribunal. M. Shaikh, qui a lui-même arbitré de nombreux litiges familiaux, espère que le gouvernement de l'Ontario donnera suite à ces recommandations. «Le rapport Boyd dit exactement ce que nous voulons», a-t-il dit hier à La Presse. Les arbitrages religieux se pratiquent déjà en Ontario. Marion Boyd était d'ailleurs ministre de la Condition féminine au sein du gouvernement néo-démocrate qui a adopté, en 1991, une loi autorisant le recours à l'arbitrage dans des litiges commerciaux et familiaux. En vertu de cette loi, des imams, des rabbins ou des ministres d'autres cultes peuvent rendre des décisions touchant des domaines aussi délicats que le divorce, la garde d'enfants ou le partage du patrimoine familial. La pratique n'est donc pas nouvelle. Mais l'automne dernier, un des leaders de la communauté musulmane en Ontario, Syed Mumtaz Ali, a annoncé la création d'un Institut islamique de justice civile où les « bons musulmans » pourraient trancher leurs litiges selon les préceptes de la loi islamique, la charia. L'idée a fait tant de vagues que le gouvernement ontarien a demandé à Mme Boyd de se pencher sur le système d'arbitrage religieux et de lui soumettre des recommandations. Après avoir entendu plus d'une cinquantaine de groupes, Mme Boyd en arrive à la conclusion que «les arbitrages religieux comportent plus de bénéfices que d'inconvénients», ainsi qu'elle l'a expliqué à La Presse hier. Elle reconnaît que ces arbitrages suscitent beaucoup d'inquiétudes. De nombreux groupes lui ont fait valoir que les femmes musulmanes subissent une énorme pression pour s'en remettre à un imam plutôt qu'à un juge dans des cas de divorce, par exemple. Plus ces femmes sont vulnérables, moins elles sont intégrées à la société canadienne, plus elles risquent de subir un traitement discriminatoire, a-t-on fait valoir à Mme Boyd. Celle-ci a cependant jugé que l'expérience de deux instances d'arbitrage islamique- l'une chiite, l'autre sunnite- à Toronto permet de conclure que «le droit de la famille musulman a été et est appliqué avec succès pour trancher des différends». N'est-il pas un peu naïf de tirer cette conclusion à partir de représentations faites par ceux-là mêmes qui administrent ces arbitrages, et non par des femmes qui ont pu en souffrir? «Nous avons parlé à de nombreuses femmes, nous avons même instauré une ligne téléphonique anonyme. Nous n'avons entendu aucune femme se plaindre d'une décision arbitrale. Par contre, beaucoup de femmes musulmanes ont déploré qu'on projette d'elles une image stéréotypée, comme si elles n'étaient pas en mesure de se défendre elles-mêmes», a dit Mme Boyd. Selon elle, les arbitrages se pratiquent déjà de manière informelle et les femmes ont tout à gagner à ce qu'ils soient mieux encadrés. À cet égard, Mme Boyd propose de permettre aux tribunaux d'annuler certaines sentences arbitrales lorsque celles-ci ne respectent pas les intérêts des enfants, par exemple. Le rapport recommande aussi que les médiateurs et arbitres soient membres d'organisations professionnelles volontaires. Qu'en cas de violence conjugale, les deux parties soient entendues séparément. Et que les arbitrages religieux soient rendus conformément à plusieurs dispositions de la Loi sur le droit de la famille. Mais tous ces mécanismes touchent surtout les procédures, s'indigne Andrée Côté, de l'Association nationale femmes et droit. «Marion Boyd n'a fait aucune analyse du contenu des arbitrages, elle renvoie les femmes à la sphère du privé», déplore-t-elle. Ce qui la choque encore davantage, c'est que malgré les arguments de son organisme, Marion Boyd a jugé que les arbitrages ne sont pas soumis à la Charte des droits et libertés. «Mme Boyd dit que la Charte ne s'applique pas ici, c'est une vision de chacun pour soi, deux individus ont toute liberté de s'entendre entre eux.» «Je ne comprends pas, renchérit Alia Hogben. On dirait que Mme Boyd dit aux femmes qu'elles sont libres de prendre des décisions, même lorsque celles-ci sont discriminatoires à leur égard.» Les décisions adoptées par des arbitres ontariens depuis 1991 constituent un continent noir- elles ne sont ni consignées ni accessibles au public. Difficile de savoir, donc, de quel côté les arbitres ont tendance à pencher. Dans ses recommandations, Mme Boyd propose de créer un registre de sentences arbitrales. Cela rendrait le système plus transparent, mais les femmes musulmanes continueraient à être refoulées vers un système de droit parallèle, affirme la juriste québécoise Pascale Fournier, spécialiste de l'intégration des femmes musulmanes dans les sociétés occidentales. Selon elle, le rapport Boyd traite la communauté musulmane comme un bloc monolithique, alors que de nombreuses voix, au sein même de la communauté, protestent contre les tribunaux islamiques. «Au lieu de bâtir de ponts entre leur société et la nôtre, on leur dit: Restez donc chez vous», déplore-t-elle. Les recommandations de Marion Boyd ont été remises au ministre de la Justice ontarien, Michael Bryant, qui n'a pas voulu les commenter pour le moment. |
| CERF Administrateur |
sur l'invocation des droits des minorités pour l'application de coutumes inégalitaires ou autres normes inégalitaires ( charia..) : voir nos études : http://www.c-e-r-f.org/face_aux_obscurantismes.htm Le statut personnel dans les territoires d’outremer La coutume et les femmes en Nouvelle Calédonie Les tribunaux islamiques de Mayotte Les droits communautaristes comme négation de la démocratie |
| juliette |
Je voulais vous signaler que le même problème vient d'être abordé concernant la création d'un tribunal de la Charia à Montréal, destiné à régler les "problèmes commerciaux ou familiaux". Voir Le Devoir,notamment du Lundi 2O décembre 2004, Page A2. Juliette Minces | |||
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