FORUM, Forum Discussion, Forum Gratuit, Nom de domaine, Nom de domaine gratuit, Redirection gratuite,

Forum Busparisiens Administrateurs :[Ze Webmaster]Altaïr, bounonne
Forum Busparisiens
Non connecté | Se connecter
en ligne : Il y a 25 connectés. Cliquez pour voir la liste
Inscription Inscription | Profil Profil | Messages Privés Messages Privés | Recherche Recherche | Online Online | Aide Aide | Créer un blog gratuit

forum Index du forum forumDivers forumBienvenue chez les glong-glongs

Auteur : Sujet: Bienvenue chez les glong-glongs  Bas
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 17/09/2009 23:44:01
Send a private message to andrei
Je sors, rudement secoué, de la lecture d'un roman poignant, fort, d'une cruelle beauté et d'une impitoyable précision dans la descrïption de la psychologie de ses personnages. Oeuvre majeure de l'écrivain Antonio Bolognese, "Bienvenue chez les glong-glongs" est un pavé combinant le roman d'aventure et le roman psychologique. Les fabuleuses descrïptions de paysages tout ce qu'il y a de plus "de chez nous" confèrent à ceux-ci un aura d'exotisme ; on pense au "Monde englouti" ou à "La forêt de cristal" de J.G. Ballard, ou aux décors exotiques de Clésio.

L'histoire se passe dans un futur proche, au coeur du Royaume d'Ile de France, sous le règne du roi Francilien III. Temps de prospérité et décadence, c'est une époque au bord de l'abîme. La guerre de sécession fait rage entre les villes de l'Est, populaires et frondeuses, d'un côté, et la capitale et les confins de l'Ouest, bourgeois, opulents et arrogants.

Andrei Kalashnikov, lieutenat de la redoutable Brigade Anti-Glong-Glongs, se morfond dans son appartement boulonnais, en compagnie de sa femme et de leur chat, et attend une mission qui ne semble jamais arriver. Ballades à moitié endormies dans le parc de l'Ile St-Germain, rêveries à la Terrasse de Meudon, après-midis passés sur le canapé à écouter de la musique en se gorgeant de cocktails exotiques : son desoeuvrement voluptueux n'est que le contrepoint de celui du royaume. Et, coup de theatre, la mission tant espérée finit par arriver.

Citation :

Je restai pantelant, la lettre à la main ; des gouttes de sueur se formaient sur mon front et tombaient sur le papier, le constellant de tâches sombres. Marie entra dans le salon et s'arrêta net en me voyant. Je sentis dans son regard qu'elle comprenait.
- Où est-ce que tu vas ?
J'aurais voulu m'assoir sur le canapé, mais mon corps restait tétanisé. Les idées se bousculaient dans ma tête : présent, avenir, les risques de ce qui m'attendait, partir, refuser la mission. Une pâte informe semblait remplir mon crâne, et je n'arrivais pas à en sortir quoi que ce soit de valable.
- A l'Est.
Elle accusa le coup. Le chat sauta à bas de son fauteuil et me regarda de ses immenses yeux bleus en disant :
- N'y va pas !




Dernière épreuve avant le départ, Kalachnikov doit rencontrer le commandant de la Brigade Anti-Glong-Glong, à Bercy. Il passera son voyage sur le Batobus assis sur une banquette, la tête dans les mains, à se demander ce qu'il a fait pour mériter une mission pareille. Il vivra une vraie révélation dans le bureau de la BAGG.

Citation :

Bounonne semblait franchement désolé de ce qu'il m'arrivait.
- Je n'ai pas eu le choix, Andrei. L'ordre est venu d'en haut. Ils - et il eut un petit sourire méprisant - voulaient que j'envoie un seul homme, et le meilleur.
- Dans une mission sans espoir de succès, ni de retour.
- Et encore, tu ne sais pas tout.
Le commandant se leva, ouvrit le placard sur sa droite et en retira un immense classeur rouge, qu'il posa, toujours fermé, sur son bureau.
- Je ne te demande pas de le lire en entier. Personne n'a pu le faire. C'est une compilation d'e-mails et de posts publiés sur divers forums. Quand on a tout regroupé dans un répertoire, l'ordinateur a tourné de l'oeil. Il a fallu tout imprimer, petit à petit, sur plusieurs imprimantes, pendant une semaine.
C'est vrai que le dossier était sacrément épais.
- Qu'est-ce que c'est, commandant ?
- Necronomicon.
Je rigolai.
- Le livre qui rend fou ? Vous avez retrouvé Abdul al-Hazred ? Il n'avait pas été expulsé par Pasqua en '87 ?
- Te fous pas de moi. Lis.
- Je veux bien. Mais, dis-moi, en quoi consiste exactement cette mission, à part lire ton dossier et m'infiltrer en territoire ennemi ?
- Éliminer l'auteur de ce qu'il y a dans le dossier. Lis.
- Bounonne, je ne suis pas un tueur. Tu me connais, tu sais tout ce que j'ai fait pour le roi et pour la RATP. Je refuse la mission.
Bizarrement, cela le fit rire.
- Lis.

Je pris l'ouvrage sur mes genoux et commençai à le feuilleter.
Des mails adressés au STIF : "Demande de prolongement de la ligne 86 jusqu'à l'entrée du Parc Floral de Vincennes" ; "De l'intérêt de qualifier la ligne 20 en Mobilien" ; "Utilité de la déviation de la ligne 30 par l'avenue d'Iéna et l'Avenue du Président Wilson". Les cheveux se hérissaient sur ma tête. Des mails, des mails, des mails. Des pièces jointes par centaines : horaires de bus annotés, des plans de ligne modifiés au feutre, des plans de ville zébré de traits portant des indicatifs et des flèches directionnelles. Encore des mails : des messages d'insulte, des critiques acerbes. "Untel est un intégriste du tramway, machin est complètement dépassé par le projet de desserte de telle maison de retraite dans le 20e arrondissement, X est un jeune con, Y est un gros bourge aussi suffisant qu'incompétent". Des pièces jointes, encore et encore : citations de sites web, citations de forums, citations de je ne sais plus quoi. De liens hypertexte. Par centaines. Des pages et des pages de liens. A propos d'un projet de téléphérique sur la pente nord de Montmartre. A propos d'un train à sustentation magnétique qu'il conviendrait de tester sur le RER A. D'interminables mémoires exigeant le prolongement et la transformation des lignes de métro. La ligne 10 doit franchir la Seine à St-Cloud et fusionner avec la desserte SNCF de Garches et de la Celle St-Cloud ; à l'Est, la fusionner avec le RER C et lui attribuer la branche de Massy. La ligne 5 gagnerait à être prolongée depuis la Place d'Italie jusqu'à la Place de Rungis, voir jusqu'à Cité U ; déviation de cette ligne par la Gare de Lyon, et compensation par attribution du tronçon abandonné à la ligne d'autobus 65 ; circulation en tunnel sous la Seine entre les Gares de Lyon, d'Austerlitz et Bd de l'Hôpital.
Je tournais les pages de plus en plus vite, les yeux écarquillés, le souffle lourd, en proie à l'ébahissement et à une sorte de refus de tout mon être d'accepter ce que je lisais. Des centaines de pages d'interventions sur les forums : propositions de nouvelles lignes, propositions de modifications d'horaires, propositions de nouveaux modes de transport, des liens, des liens et encore des liens concernant la fréquentation de la station Strasbourg St-Denis le dimanche, des insultes, des engueulades verbales avec des dizaines de colistiers, des critiques innombrables adressées à tel ou tel autre responsable du STIF, de la RATP, de la SNCF, des Hôpitaux de Paris, des psychiatres. Des liens. Des mails exigeant le déplacement de l'arrêt Mairie du 16e (ligne 52) plus près de l'intersection avec la rue de la Tour. Ma vue se brouillait. Un froid glacial s'emparait de tout mon corps. Un mémoire sur l'intérêt d'une desserte circulaire de Montreuil et St-Mandé. Un mémoire sur une liaison directe entre la Porte de Pantin et l'Hôpital St-Louis.
Le dossier m'échappa des mains, tandis que dans un gémissement rauque, je criai, au bord de la crise de nerfs :
- Il faut tuer cet homme !
- Tu vois qu'on y vient, se marra Bounonne.
Il me tendit un verre d'eau.




Le voyage sur la Seine, vers les sombres banlieues du sud-est francilien, est une longue descente aux enfers, dans la torpeur moite du calme d'avant l'orage. Le bateau traversera les derniers avant-postes du Royaume, dans une lenteur de cauchemar, sur une eau de plus en plus trouble. Les jours et les nuits s'enchaînent, identiques, si ce n'est la montée, palpable, du danger. Sur la Marne, le vent apporte parfois l'abboyemment rauque des FAMAS de la Garde Royale, attaquant le réduit des insurgés de la Queue en Brie. La nuit, l'horizon s'illumine parfois des éclairs funeste des bombardements lointains. Enfin, le bateau parvient à destination et accoste dans un paysage de cauchemar.

Citation :

C'était un défi à la raison. Une clairière en demi-cercle faisait face au fleuve ; des dizaines d'hommes en haillons, aux yeux exorbités des possédés pour certains, ou perdus dans le vague pour d'autres, se tenaient accroupis près de tas de ferraille informes. Un bus SC10U se trouvait près de la lisière de la forêt ; il était renversé sur le côté gauche, ses phares avaient été arrachés et laissaient des trous noirs dans sa face avant ; les roues dégonflées pendaient mollement. On aurait dit une immense bête préhistorique abattue par des néandertaliens. Je marchai en sa direction, et au fur et à mesure que j'approchais le bus, je distinguais les tâches de rouille sur sa carrosserie ; elles lui conféraient un air de léopard difforme. Des bruits de voix, des sons inarticulés parvenaient jusqu'à moi Je dépassai la face avant du bus : une demi-douzaine d'individus, aux traits démoniaques, arrachaient des pièces du châssis. Un gros type, aux cheveux bouclés et aux immenses lunettes sans monture, se débattait avec la ligne d'échappement. Un autre, vetu d'une chemise à fleurs qui devait dater des années 80, avait réussi à percer le réservoir de carburant et en aspirait goulument le contenu. C'était une scène de folie, et cet autobus renversé, avec tous ces tarés en train train de le dépecer, me filaient un sensation de malaise indescrïptible. Je m'en éloignai et pris un sentier menant vers la forêt.

Un type était accroupi parterre, et gémissait : "Le 84 à la BNF et le 89 à Gare de Lyon. Le 325 à Gare d'Austerlitz." Je m'agenouillai à ses côtés :
- Monsieur, s'il vous plaît...
- Le 63 à Nation, en correspondance avec le 60 prolongé depuis Gambetta sur Philippe Auguste. Le 20 à Place Daumesnil.
Je le secouai. Rien. Il continuait de débiter des insanités. Je me levai et continuai mon chemin.
La forêt n'était pas très dense. Des glong-glongs vaquaient à leurs occupations - si l'on peut dire ainsi - sans me voir. J'en attrapai un qui avait l'air vaguement éveillé, et le secouai par le col.
- Hé, ho, ça va, qu'est-ce que vous me voulez ? Je ne bosse pas au STIF, moi !
- Jeune homme, s'il vous plaît, où est-ce que je peux trouver Monsieur Gilbert Tacirre ?  
Il se dégagea en me regardant avec méfiance :
- Son Excellence reçoit seulement sur rendez-vous. Là, il enseigne l'évolution de la ligne 122, et vous ne pouvez pas le déranger.




La suite, pour très bientôt.

--Message edité par andrei le 2009-09-17 23:49:24--


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 Petit_Scarabee
 Messages postés : 6295
 "La vie est belle et pleine
de sens à chaque instant"
Etty Hillesum
 Petit_Scarabee
  Posté le 18/09/2009 12:17:58
Send a private message to Petit_Scarabee
Génial, j'adorrrrre !  
Ton génie créatif au service d'une noble mission, respects !

Tu me le prête quand ?

Yann

Un jour, Petit Scarabée, un jour tu sauras...          Siloé: http://3d.art.free.fr/requete-parc.php
Happiness only real when shared - Chris McCandless (le bonheur n'est véritable que lorsqu'il est partagé)
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 19/09/2009 16:35:22
Send a private message to andrei
Reprenons donc l'étude de cet inoubliable roman.

Sorti de son oisive torpeur, le lieutenant Kalashnikov se retrouve donc propulsé au sein de la tribu des Glong-Glongs de l'Est Parisien. L'auteur dédie de longues pages au lent et minutieux travail d'approche que le personnage principal doit effectuer, pour pénétrer ce qu'on appelle le cercle intérieur, autrement dit l'entourage immédiat du gourou Gilbert Tacirre. Ce dernier règne en maître absolu sur la tribu, punissant, insultant et flattant selon ses humeurs, sous la protection de sa garde rapprochée de fanatiques. Grâce à une connexion internet 3G+, il hante le web du Royaume Francilien, saturant forums et boites aux lettres électroniques avec des critiques acerbes du réseau de transport en commun et des propositions saugrenues.

Pour pouvoir l'approcher, Kalashnikov doit se faire passer pour un nouvel adepte. A ce titre, il doit subir le terrible lavage de cerveau qui lui permettra de réfléchir de travers, s'intéresser à des détails dénoués de tout intérêt, et imaginer les modifications les plus délirantes des dessertes. Dès les premiers jours, il affiche une expression complètement crétine, s'impose des tics nerveux, feint l'intérêt le plus élevé pour la carcasse dépecée du SC10U, apprend par coeur le trajet des bus de la banlieue parisienne. Avec une impressionnante maîtrise, l'auteur nous décrit l'existence quasi-schizophrène que Kalashnikov mène chez les Glong-glongs : sous les dehors du sombre imbécile se fondant dans la masse, il reste lui-même et poursuit, inlassablement et inéluctablement, sa mission. Durant ces jours difficiles en milieu hostile, il a néanmoins une bonne surprise.

Citation :

Un des glong-glongs avait attiré mon attention. Au milieu de cette masse de monomaniaques rabougris, aux têtes de vieux garçons auxquels la vie se refusait, celui-ci s'efforçait de masquer sa nature athlétique en se voûtant et s'astreignant à des gestes mous, et affichait une expression trop idiote pour être vraie. Il n'y avait que trois solutions possibles : c'était un espion du maître, un autre agent infiltré, ou un naufragé qui pratiquait le mimétisme pour survivre. Dans le doute, j'essayai de l'approcher, pour gagner sa confiance, en savoir plus, et continuer ma mission en toute sécurité.




--Message edité par andrei le 2009-09-19 22:46:04--


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 citeline111
 Messages postés : 897
 VACANCES: j'oublie tout!!
(sauf les bus!)
 citeline111
  Posté le 19/09/2009 22:54:34
Send a private message to citeline111
Il faut le sortir en roman, ca ferait un excellent Best-seller pour les passionnés et les membres du forum!!! Andrei Président! Andréi Président!

Un fan du centre bus de StM
Alors j'hésite... Soit je tente MR a la RATP soit je continue en tant qu'opticien........Qui peut m'aider???
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 20/09/2009 00:05:56
Send a private message to andrei
L'occasion se présenta lorsque les guerriers de la tribu ramenèrent une nouvelle proie dans la clairière.

Citation :

Un vrombissement mécanique monta depuis les profondeurs de la forêt. Tous les glong-glongs, sans exception, sursautèrent et dressèrent l'oreille. Le bruit se rapprochait. Mon oreille, entrainée à l'identification des menaces, reconnut un son de moteur, certainement de camion ou d'autobus. Le bruit se rapprochait, et je distinguai une clameur cacophonique accompagnant le véhicule. Les glong-glongs de la clairière éclatèrent de joie en éclaboussant tout sur plusieurs mètres à la ronde ; comme un seul homme, ils se levèrent et se mirent à courir vers le côté d'où venait le bruit de moteur.

Depuis mon arrivée au camp de Gilbert Tacirre, je vivais dans un monde où la folie et la bêtise se tenaient par la main. J'avais vu plus de conneries ici en une semaine qu'à Paris en un quart de siècle. Pourtant, ils arrivèrent encore à m'étonner - ou, plus précisément, à me consterner. Entouré de dizaines de glong-glongs en plein orgasme collectif, un vieux PR180.2 pénétra lentement dans la clairière. Le type au volant écrasait sans cesse le champignon tout en restant en 2e vitesse manuelle ; le moteur en hurlait comme s'il allait rendre l'âme. Les barjopathes qui entouraient le bus s'époumonaient en criant de joie, dans un pathétique mélange de youyous de matrones irakiennes et de cris de guerre sioux. Lorsque le véhicule  s'immobilisa près de la carcasse du SC10U renversé, les glong-glongs se jetèrent comme un seul homme sur le pauvre autobus, et se mirent à le tailler en pièces. Un petit maigre en haillons parvint à monter sur le toit et, prenant une pose héroïque, brandissait le rétro extérieur gauche. Deux autres individus avaient éclaté le carreau de la girouette et la déroulaient, en hurlant comme des enfants hystériques. Plus loin, toute une bande d'excités avaient déchiré le soufflet, et s'engouffraient par la brèche à l'intérieur de l'autobus. Le PR tanguait et se cabrait sous l'assaut des glong-glongs, tandis que son moteur hurlait par saccades.

Le grand type athlétique surgit devant moi avec le plan de la ligne 27, arraché à l'intérieur du bus.
- Hé-hé, glapit-il, l'air complètement crétin. Etudions ça, apprenons le plan parcoeur, hé-hé !
Le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai saisi l'occasion.
- Ouais ! Ouais ! Parcoeur, hihihihi !

Nous nous dirigeâmes vers la forêt ; une fois bien loin du camp des glong-glongs, on s'assit et s'adossa chacun à un arbre. Il fit le premier pas, en prenant une expression normale et en se tenant droit.
- Putain, Kanabello, qu'es'tu fous là ! Je t'avais même pas reconnu !
- J'espère que tu ne t'es pas vu depuis ton arrivée ! Parce que, franchement, je me suis demandé si tu n'étais pas devenu un des leurs pour de bon. Quel vent t'amène ?
Je lui expliquai ma mission. Lui, il était en mission de reconnaissance en territoire hostile. Après une collecte de renseignements dans la République Islamique d'Aubervilliers, s'étant retrouvé piégé par l'avancement du front de l'Est, il avait dû marcher, de nuit, jusqu'à notre agence du Raincy. Quelques jours plus tard, tandis que les insurgés s'apprêtaient à encercler la ville, Kanabello avait rejoint les rives de la Marne et attendait, parmi les glong-glongs, le passage d'un quelconque bateau remontant vers Paris. Malheureusement, le mien était reparti aussitôt que j'avais mis le pied sur le rivage ; mais, cela n'eut pas l'air de le décourager.
- Je me barrerai d'ici à la nage. C'est ça, ou je deviens dingue. Un conseil : dégomme le primate au plus vite et dégage avant qu'ils ne te lynchent. Ils sont complètement cons, mais très nombreux. Donc, redoutables.
On garda le silence durant quelques instants. La présence d'un homme sensé au milieu des glong-glongs m'apportait une vraie bouffée d'oxygène. Enfin, quelqu'un avec qui mener une discussion normale !
- Est-ce que le passage est sûr, par la Marne et la Seine ?
- Je ne sais pas, Kana. Il y a une semaine, ça bardait grave à Vitry, et Ivry commençait à s'agiter. La Garde Royale voulait établir une ligne de défense au niveau de Maisons Alfort et Alfortville, et verrouiller la route de Paris.
- Avec quelles troupes ? Tu sais ce qu'il va se passer ? La Garde va se replier à St-Maurice et Charenton, et établir les lignes de défense sur les quais, jusqu'à Joinville. Toi et moi, on va essayer de rejoindre Paris en courant derrière un front qui avance plus vite que nous.




Malheureusement, Kalashnikov devra rester en territoire ennemi, tandis que Kanabello rejoindra les positions de la Garde Royale à la nage. Mais, cette rencontre avait renforcé la foi de Kalashnikov en sa mission, et sa détermination à la remplir, s'il le faut, au prix de sa vie. On peut dire qu'il s'agit là d'un moment charnière dans le roman : celui où notre personnage commence à sombrer dans la névrose. Le but de sa mission l'obsède et l'obnubile au point que l'élimination du gourou prime sur tout le reste.


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 citeline111
 Messages postés : 897
 VACANCES: j'oublie tout!!
(sauf les bus!)
 citeline111
  Posté le 20/09/2009 00:26:56
Send a private message to citeline111
La suite! la suite!

Un fan du centre bus de StM
Alors j'hésite... Soit je tente MR a la RATP soit je continue en tant qu'opticien........Qui peut m'aider???
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 20/09/2009 19:03:46
Send a private message to andrei
Un mois jour pour jour après son arrivée à Trompettes sur Marne, Kalashnikov passera avec succès l'examen de Glong-Glong Stagiaire. Notre lieutenant obtiendra même les félicitations du jury, pour son projet de réaménagement de la ligne 60 avec création de la ligne 59.

Enfermé dans sa névrose, il avait poussé le mimétisme au point de ne plus savoir s'il était un agent de la BAGG censé faire le glong-glong, ou bien un glong-glong anciennement agent de la BAGG. Bizarrement, il ne semblait pas réaliser l'absurdité de sa situation et ne se choisit pas une ligne de conduite bien nette. Soit il devenait glong-glong et à ce titre il devait amour et fidélité absolue au gourou, soit il restait au plus profond de lui-même le lieutenant Kalashnikov, auquel cas il devait remplir sa mission d'élimination de Gilbert Tacirre. Or, notre personnage devenait glong-glong tout en restant obnubilé par son funeste objectif. Certains critiques s'accordent à dire que l'obtention du statut de glong-glong stagiaire est un deuxième moment charnière du roman, celui où, de la névrose, Kalashnikov tombe dans la schizophrénie.

Livré à lui-même en territoire ennemi, et en proie à la glong-glonnisation rampante, Kalashnikov prendra des risques insensés pour des buts qui n'en valaient pas la peine. Cela accélérera sa transformation et le poussera dans un engrenage qui le mènera aux confins de la folie.

Citation :

La nuit tombée, les glong-glons allumèrent des feux sur la rive et se mirent à discuter avec animation, et dans une cacophonie complète. Je m'éclipsai discrètement et rejoignis les décombres du vieux wagon de métro (un MP55, il me semble) qui abritait un "web café" improvisé. En quelques minutes, j'envoyai un bref mail très neutre à ma femme (ces crétins utilisaient peut-être des keyloggers, et on pouvait découvrir que j'étais en lisant mes messages). J'en envoyai un autre à Bounonne sur son adresse privée, avec les mots-clés inoffensifs signifiant que tout se passe bien. Puis, enfin, je me connectai sur le le site du Figaro.

Les nouvelles était très mauvaises. Les banlieues nord avaient rompu la trêve, et avaient envahi la majeure partie des 17e, 18e et 19e arrondissements. Les centres-bus de Belliard et de Flandre étaient tombés entre leurs mains, avec près d'un quart des autobus qui s'y trouvaient. A l'est, les républicains avaient mené une offensive éclair, qui les avait amenés au cœur de ce satané 11e arrondissement, où ils avaient pactisé avec la rébellion des Bobos. Le centre-bus de Lagny avait pu être évacué à temps, mais le réseau de la RATP en prenait un sale coup.

Les troupes royales se trouvaient dans une situation difficile : le front était trop biscornu, et par endroits carrément diffus. La nouvelle frontière se dessinait vaguement entre l'avenue de Clichy, les Grands Boulevards, l'axe République - Bastille, l'axe Bastille - Nation, et les limites de St-Mandé, Vincennes, Joinville, St-Maurice et Charenton. Comme l'avait prévu Kana, les troupes de la Garde Royale s'étaient repliées sur ces deux dernières localités, livrant Alfortville et Maisons-Alfort aux Zyvas. Une offensive menée par les troupes d'Ivry et Vitry nous avait enlevé une partie du 13e arrondissement, avant de se retrouver bloquée entre l'avenue d'Italie, la rue Tolbiac et la Seine. La brillante contre-offensive menée par le général de blindés Phébus avait libéré le quartier de la BNF, sécurisant le passage de la Seine et la liaison avec le 12e arrondissement.  

Dans le sud-ouest parisien avait surgi un mystérieux chef militaire, le Chah Kal. Il était parvenu à lever une troupe ayant les effectifs d'un régiment, et s'était emparé des centres-bus de Malakoff et de Fontenay aux Roses.

Des bruits de pas retentirent derrière moi ; je refermai la page web et sortis tranquillement du wagon en ruine. Un type grassouillet, portant une paire de culs de bouteille sur le nez, m'interpella sèchement :
- Son Excellence exige que vous vous présentiez à lui dans les plus brefs délais.
- Gilbert Tacirre veut me voir ?!
- Son Excellence Gilbert Tacirre, me corrigea-t-il, d'un ton indigné. Mais qu'est-ce que vous avez à me regarder comme un abruti, et faire patienter son Excellence ?!




--Message edité par andrei le 2009-09-20 19:06:22--


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 Chris-91
 Messages postés : 2761
 !!!POUET!!!
 Chris-91
  Posté le 21/09/2009 03:00:41
Send a private message to Chris-91
smile/eek.gif

kiki le païlote de bus.

Sus aux cons!
Prime CPU... MON CUL!!!!!
Kana a dit:" Qu'ils aillent se faire cuire le slip!"

 citeline111
 Messages postés : 897
 VACANCES: j'oublie tout!!
(sauf les bus!)
 citeline111
  Posté le 21/09/2009 17:09:59
Send a private message to citeline111
Je suis de plus en plus fan a mesure que je lis le "roman"

Un fan du centre bus de StM
Alors j'hésite... Soit je tente MR a la RATP soit je continue en tant qu'opticien........Qui peut m'aider???
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 21/09/2009 19:56:11
Send a private message to andrei
Merci, les amis. Ca va continuer, pas de soucis. Faut que je continue de le lire, pour continuer de vous le commenter et citer  ;)


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 kanabelo
 Messages postés : 7402
 Si un jour je suis modérateur, je
serai comme Eric Besson, mais
j'expulserai uniquement les
bons à rien!
  Posté le 21/09/2009 21:39:51
Send a private message to kanabelo
http://nsa09.casimages.com/img/2009/09/21//090921094401794032.jpg

http://nsa08.casimages.com/img/2009/07/29/mini_090729055243628962.jpg http://nsa11.casimages.com/img/2009/12/19/mini_091219123144810578.jpg

Plus qu'une passion... Un art!

Si j'étais un modo, je cognerai le jour...
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 21/09/2009 22:10:52
Send a private message to andrei
Merci, mon petit Kanabelo !

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/61368/Couple%20marocain%20heureux.jpg


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 kanabelo
 Messages postés : 7402
 Si un jour je suis modérateur, je
serai comme Eric Besson, mais
j'expulserai uniquement les
bons à rien!
  Posté le 21/09/2009 22:31:22
Send a private message to kanabelo

Citation :

andrei  a dit :

Merci, mon petit Kanabelo !

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/61368/Couple%20marocain%20heureux.jpg





Rhoo Andréi, tu piques!

http://nsa08.casimages.com/img/2009/07/29/mini_090729055243628962.jpg http://nsa11.casimages.com/img/2009/12/19/mini_091219123144810578.jpg

Plus qu'une passion... Un art!

Si j'étais un modo, je cognerai le jour...
 bounonne
 Administrateur
 Messages postés : 7344
 Ne fais pas aux autres ce que tu
n'aimerais pas que l'on
te fasse
 bounonne
  Posté le 22/09/2009 21:50:18
Send a private message to bounonne

Citation :

kanabelo  a dit :




Rhoo Andréi, tu piques!



Puis il a un panaris  

http://assobusparisiens.free.fr/st/Banniere_BP.jpg http://assobusparisiens.free.fr/st/Voith.jpg
 kanabelo
 Messages postés : 7402
 Si un jour je suis modérateur, je
serai comme Eric Besson, mais
j'expulserai uniquement les
bons à rien!
  Posté le 22/09/2009 21:50:56
Send a private message to kanabelo

Citation :

bounonne  a dit :


Puis il a un panaris    





 

http://nsa08.casimages.com/img/2009/07/29/mini_090729055243628962.jpg http://nsa11.casimages.com/img/2009/12/19/mini_091219123144810578.jpg

Plus qu'une passion... Un art!

Si j'étais un modo, je cognerai le jour...
 Gaizka
 Messages postés : 3092
 Le désordre, c'est
l'ordre vu différemment
 Gaizka
  Posté le 23/09/2009 00:23:53
Send a private message to Gaizka
Excellent Andrei, j'adore ta lecture    


Tu es promis au prochain prix nobel de litterature decerné par les Glong-longs (la concurrence des topics habillages ne te fera pas trembler!!)


Ceci dit l'histoire me fait penser à la série TV LOST *les diparus*, où des gens paumés via un crash d'avion se retrouvent dans une île censée être desserte, peuplés par "les autres" sauvageons^^   bon j'arrête je dérive..

 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 23/09/2009 22:27:27
Send a private message to andrei
L'effondrement du Front Est du Royaume, et l'énorme menace que cette défaite militaire fait peser sur Paris, ne semblent pas toucher notre personnage. Pour paraphraser Zweig, dans "Lettre d'une inconnue", tout cela lui semble être une musique lointaine. Seuls comptent l'immédiat - survivre parmi les glong-glongs en restant suffisamment lucide pour ne pas oublier sa mission - et le court terme - accomplir ce qu'on lui a ordonné.

Lorsqu'il rencontre le gourou de Trompettes sur Marne, Kalashnikov est à un poil de nez de l'éliminer physiquement. Mais, bizarrement, il ne le fait pas, et on ne comprend pas pourquoi. C'est là une technique fréquente chez cet écrivain maudit, que d'obliger le lecteur à mener un travail de réflexion pour pénétrer la psychologie de ses personnages.

Citation :

La case de Gilbert Tacirre se trouvait en lisière de la forêt. Ses alentours étaient parsemés de tiges métalliques grises, superficiellement enfoncées dans le sol. A quoi est-ce que ça pouvait bien servir ? J'hésitais entre le champ d'obstacles antichar et des antennes d'écoute des émissions radio extraterrestres. Le petit gros qui m'escortait sembla rapetisser : en effet, il se voûta et rentra, peureusement, sa tête chauve entre les épaules.
- Qu'est-ce que c'est que ce bazar, monsieur ?
- Les cannes...
- Les femelles du canard ?
- Les cannes anglaises...
Plus il m'en disait, moins je comprenais.
- On n'en fabrique plus en France ?
- Non, non, pas du tout...
Le petit gros se rapprocha en regardant de côté et siffla entre ses dents :
- C'est les cannes anglaises du Maître... Son Excellence les a cassées sur la tête des glong-glongs indignes de travailler avec lui... Méfiez-vous, soyez à la hauteur, ne le décevez pas...
Et il détala comme un lapin - à vrai dire, il me fit plus l'effet de rouler comme un énorme ballon de foot, mais ça, c'est du détail.

Je frappai à la porte du gourou.
- Vous êtes en retard ! tonitrua une voix rauque et hargneuse.
- Excusez-moi, Maître...
- Vous n'avez pas d'excuses ! Fallait prendre le bus 114 ! Qu'est-ce que vous attendez pour rentrer ?

Il faisait bien sombre dans la case. Une bougie (devrais-je dire une cierge) brulait faiblement sur ma droite ; à sa lumière chancelante, je distinguai une silhouette rabougrie et dépenaillée accroupie au-dessus d'un gros cahier.
- Va-t-en, crétin, je n'ai plus besoin de toi !
La voix s'étouffa et se noya dans une toux convulsive. La silhouetta dépenaillée sembla se déplier en se levant, et s'engouffra dans le rectangle pâle de la porte restée ouverte.
- J'espère que vous êtes moins con que cette bande d'incapables qui m'entourent. Je vous demande pas d'être malin, mais juste pas trop idiot. Ho, jeune homme, vous m'écoutez ?
- Oui, Maître.
- Au lieu de parler pour rien dire, asseyez-vous à côté de la bougie et notez ce que je dicte. Vous savez écrire, j'espère ?
- Oui, Maître.
- Arrêtez de parler, vous me saoulez avec vos bavardages. Écrivez ce que je vous dis !
A peine j'eus le temps de m'emparer du bic tombé parterre, que la voix se mit à débiter, d'un ton haineux :
- Cet intégriste du tramway, jeune donc con ; beau et en bonne santé donc haïssable ; cultivé et intelligent, donc détestable pour Ma Grandeur, pollue divers forums avec pléthore de posts imposant ses vues. En proie à un délire mégalomane qui le fait se prendre pour un spécialiste des transports en commun, il étaie ses affirmation avec des calculs savants et aberrants censés prouver l'adéquation des solutions qu'il promeut. Lamentable étudiant, cet individu a exercé des responsabilités de homme de ménage et de sous-fifre chez les autorités organisatrice des royaumes voisins, avant de se prendre une grande claque professionnelle et rentrer, dépité et acariâtre, en Ile de France. Ce cuisant échec n'a rien changé à son caractère ; toujours imbu de lui-même et de son savoir erroné, il...
Il s'interrompit. Sa respiration, de profonde, se fit chuintante ; au bout de quelques secondes, il émit un glapissement, et repartit dans une longue toux profonde. Puis, il clic-clacquotta avec la langue et émit un bruit évoquant un démarreur défectueux.

Mes yeux s'étaient habitués un peu à l'obscurité. Sur ma gauche, au fond de la case, se trouvait une masse énorme, flasque, grise, palpitante, allongée sur une paillasse crasseuse. On aurait dit Jaba de Star Wars. Je me levai et m'en approchai, en proie à une fascination morbide, et pourtant parfaitement maître de moi. Le but de ma mission...
- Maître...
- Ta gueule, jeune con ! Tu m'as réveillé alors que je m'étais presque endormi ! Dehors, dehors, dehors, et reviens demain matin tout de suite ! Ah, je suis entouré d'incapables.
Lorsque je sortis, il chuintait de nouveau, mais cette fois-ci en vagissant.




--Message edité par andrei le 2009-09-23 22:32:38--


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 25/09/2009 00:42:14
Send a private message to andrei
L'une des caractéristiques du style d'Antonio Bolognese est de gérer, avec un parfaite maîtrise, l'avilissement et la déchéance. A partir du moment où il devient secrétaire de Gilbert Tacirre, Kalashnikov vit dans une sorte d'état second. Il éteint la lumière dans sa tête, et travaille inlassablement, subissant humiliations et sautes d'humeur de son maître, avec une parfaite indifférence. Kalashnikov s'imprègne de l'impétueuse logorrhée de Tacirre, qu'il consigne avec une application digne d'une cause plus noble.

Citation :

Pour ceux de dehors, ce furent des jours et des nuits, des semaines ; pour moi, dans la case du Maître, ce fut une longue nuit, insondable, terrifiante. Le Maître soliloquait, s'endormait, s'éveillait et reprenait le fil de ses pensées, pour s'endormir à nouveau, se réveillait et dictait sa prose infâme.  

Tout à mon ouvrage, je surveillais Tacirre du coin de l'oeil. Il ne quittait pas sa paillasse, mais remuait beaucoup, faisait énormément de bruit, et, surtout, il parlait. Des tonnes entières de fiel se déversaient, à travers mon écriture, sur des centaines de pages. Il insultait, il vitupérait, il maudissait. Je ne pouvais pas mesurer le temps passé près de lui. C'était une éternité, un cauchemar sans fin. Un jour, à la faveur d'un somme du Maître, je sombrai dans un bref sommeil, et rêvai que j'étais mort, et que cette case était mon enfer. Il m'avait fallu m'endormir pour retrouver ma lucidité ! Le constat m'arracha à la torpeur, et ce fut un éveil après l'éveil. Dans son coin, cette énorme masse gélatineuse dormait en remuant, soufflait comme une baleine à travers ses énormes moustaches grises et désordonnées. Je m'en approchai, sur la pointe de pieds. Le gourou cessa de respirer durant une douzaine de secondes, puis se mit à ronfler, lentement et très fort. Et se réveilla. Je vis ses yeux pour la première fois : un regard éteint, sans vie. Les yeux morts d'un drogué, ou d'un fou.

- Maître, êtes-vous conscient de ce que vous êtes ? De ce que vous faites ?
Quand j'y pense, maintenant, il me semble complètement saugrenu de lui avoir posé ces questions. J'avais émergé de ma nuit intérieure, lucide et décidé à en finir.
- Je n'ai que ça, répondit-il, d'une voix grinçante, dans laquelle je décelai une immense tristesse.
Le Maître respira lourdement, et posa de nouveau son regard mort sur moi. Il reprit :  
- Que ça... ça, et la solitude.

Je dégainai le Mauser fixé à la ceinture, entre les deux poches arrière de mon pantalon. La détonation fit vibrer l'air dans toute la case, levant un nuage de poussière. Je sortis lentement à la lumière du jour et m'arrêtai sur le pas de la porte. Les glong-glongs me regardaient, crétins, sans comprendre. Je marchai d'un pas lent vers la rive, sans me rendre compte que j'avais toujours le pistolet dans la main.

Il ne me reste aucun souvenir de ce qu'il s'est passé ensuite. Un autre rêve, en contrepoint du cauchemar dont j'avais émergé ? Comment est-ce que j'avais remonté la Marne, puis la Seine, pour aboutir à Paris ? Je l'ignore.




Dans l'avant-dernier chapitre, l'auteur laisse l'action prendre le pas sur la psychologie et nous donne une descrïption terrible des combats qui ont ravagé les quartiers de l'Est parisien durant l'insurrection. La petite histoire d'une mission anti glong-glong se joint aussi à la grande histoire du royaume francilien. Kalashnikov vivra les combats de la Gare de Lyon dans un état de semi-conscience, quasiment sans penser et ressentir quoi que ce soit ; son âme semble avoir été mise sur "pause".

Citation :

Je sais seulement que j'ouvris les yeux sur une surface blanche, fissurée, craquelée, défraîchie. Au loin, des détonations, des rafales d'armes automatiques, des bruits de moteur. J'étais dans un hôpital de campagne improvisé dans un immeuble de la Porte Dorée. Les républicains avaient lancé une offensive visant à prendre St-Mandé et rejoindre la Seine à Charenton, pour nous couper des troupes positionnées à Vincennes, Joinville, St-Maurice, Charenton et du Bois de Vincennes. On évacua l'hôpital, je me retrouvai coincé à côté du siège de la RATP : les bobos et autres républicains qui occupaient le 11e arrondissement avaient attaqué vers le sud-ouest et tiraient au mortier sur tout le secteur du Pont d'Austerlitz . Des snipers, en première ligne à Bastille, semaient la mort jusqu'au Jardin des Plantes. L'objectif de l'offensive sur l'Ouest du 12e était, de toute évidence, de s'emparer des rives de la Seine pour faire jonction avec les insurgés qui devaient arriver à Charenton.

Je repris des forces, on me vira de l'hôpital et on m'expédia directement au bureau de recrutement de la Garde, situé dans les locaux de la RATP, place Lachambaudie. Vêtu d'un uniforme trop grand et armé d'un M16, je rejoignis ensuite le secteur le plus dangereux du  front, au sud de la Bastille. Nos lignes étaient trop biscornues et nous n'avions plus assez de tropes pour les tenir fermement. On reculait d'un immeuble, on s'infiltrait par le côté, on le reprennait, on nous le reprenait. Un beau matin, un flot intarissable insurgés nous repoussa vers le côté sud du Boulevard Diderot. Les mitrailleuses de la Garde Royale balayaient de leur tir l'esplanade devant la Gare de Lyon, qui se retrouva bientôt encerclée sur sa gauche et sur la droite. Ma section dut reculer rue de Bercy et se positionner au siège de la Régie. Point de Bounonne : les locaux avaient été évacués la veille. Les membres de la Brigade Anti-Glong-Glongs avait été versée dans les troupes combattantes, mais personne ne sut me dire où ils étaient.

Début septembre, des nouvelles encourageantes nous parvinrent du "Saillant de Vincennes" : les troupes du Shah Kal avaient défait à Arcueil les troupes du Cheikh Mansour. Le Califat de Choisy le Roi cessa d'exister. L'Armée du Shah Kal leva de nouvelles troupes dans le secteur et marcha sur Vitry ; ses hommes reprirent Maisons-Alfort et Alfortville ; ses pointes blindées s'emparèrent d'Ivry, et les insurgés positionnés dans le 13e arrondissement se trouvèrent encerclés. Les troupes de la Garde Royale qui tenaient les rives de Charenton et St-Maurice se joignirent aux défenseurs de Vincennes et St-Mandé. Les troupes républicaines qui déferlaient depuis Montreuil furent arrêtées net. L'attaque menées par les bobos dans le secteur de la Gare de Lyon en perdit tout intérêt tactique, et s'arrêta.

Le 13 septembre, la nouvelle de l'abdication du roi Francilien nous remplit de stupeur. Il fut remplacé par un jeune cadre de la SNCF, qui fit une déclaration fracassante à la radio : "Moi, Antoine, le Roy d'Ile-de-France, je déclare que cette connerie de guerre n'a que trop duré. Il est temps d'arrêter, avant que les ravages humains et matériels ne deviennent irréparables et rendent eternelle la haine entre l'Est et l'Ouest du Royaume. J'ordonne à la Garde de s'en tenir aux actions strictement défensives, et adresse ma proposition de paix équitable aux insurgés"




--Message edité par andrei le 2009-09-30 17:18:07--


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
 Gaizka
 Messages postés : 3092
 Le désordre, c'est
l'ordre vu différemment
 Gaizka
  Posté le 28/09/2009 00:51:32
Send a private message to Gaizka
Chapeau Andréi  

Même si je ne m'attendais pas à une fin aussi rapide, j'ai pris plaisir dans cette lecture smile/thumb.gif

 andrei
 Modérateur
 Messages postés : 2723
 Rocar U 412 de la RATB, Bucarest
2002
 andrei
  Posté le 30/09/2009 17:55:49
Send a private message to andrei
Ben justement, à la demande "guénérale" et grâce à un peu de temps libre, j'ai repris mon dernier post. Vous aurez droit à une fin plus harmonieuse...

La guerre finie, notre personnage principal sera décoré par le Commandant Kanabelo, pour la réussite de sa mission à Trompettes sur Marne. Mais, quelque chose est brisé chez Kalashnikov ; il a atteint son but, mais ça ne tourne plus vraiment rond chez lui. Comme le personnage le dit au début du dernier chapitre : "Y a un 'blème à la coucourde." Quelques jours après avoir reçu le "Glong-glong golden award", il démissionne de la Brigade et se retire dans son appartement au Pont de Billancourt. Je laisse le lecteur juge de la déchéance de notre héros.

Citation :

Arrivé presqu'au bout du Pont de Billancourt, côté Boulogne, je regardai les coteaux de Meudon, et le Parc de l'Ile St-Germain, et me sentis, pour la première fois depuis des mois, chez moi. Je retrouvai ma femme et mon chat, dans notre appartement de la rue Traversière.

Les premiers jours s'écoulèrent, paisibles, m'apportant repos et sérénité. Les pensées revinrent dans ma tête, ordonnées, traquilles : rien à voir avec le vide qui avait suivi la fin de la mission à Trompettes, et avec le tumulte inférnal qui avait marqué les semaines entre la fin de la guerre civile et mon retour à la maison.

Ma femme continua de travailler à domicile ; la paix avait ramené la prospérité, la politique culturelle du Roy Antoine avait renforcé les éditeurs. On traduisait à tour de bras, et le carnet de commandes de Marie était rempli pour deux ans. Le chat passait son temps entre le canapé, la loggia et nos genoux quand on était assis.

Je réfléchissais à la ligne de métro 10. Il serait bien de résoudre le problème de sa boucle à Auteuil. Une solution était possible. Le 62 était toujours surchargé entre Javel et la BNF : on pourrait le remplacer par une ligne de métro, qui pénétrerait ensuite dans le 16, empruntant la partie sud de la boucle d'Auteuil. La ligne 10 garderait la partie nord et le tronçon jusqu'au Pont de St-Cloud. A cette occasion, on pourrait remanier un peu le réseau de bus dans le secteur. Par exemple, on prolongerait le 289 jusqu'à Radio France. Le plan me sembla génial. Je tapai, fébrilement, un mémoire sur mon ordinateur, l'imprimai et l'envoyai au STIF. Ensuite, je me mis à réfléchir à une ligne de tramway reliant Rueil-Malmaison à St-Cloud et Boulogne ; j'étudiai attentivement les plans du secteur et retins plusieurs trajets possibles. Quel bonheur, quelle excitation ! Il allait de soi que, une fois réalisée cette desserte, il devenait nécessaire de remanier les trajets des autobus dans le secteur. Je m'attelai à la tâche avec plaisir, et, au bout d'une semaine de travail à temps plein, le plan du nouveau réseau était achevé. C'était ingénieux, brillant, parfait. Tout simplement.

Quand je ne m'occupais pas de ça, je me baladais en autobus et discutais avec les machinistes. Au bout de quelques semaines, on me connaissait dans le secteur comme un loup blanc ; il suffisait que je me présente à un arrêt de bus pour que le machniste refuse de s'y arrêter, laissant les voyageurs sur le trottoir.

Je remaniai mon projet de tramway Rueil - St-Cloud - Boulogne, en le fusionnant avec le trajet du bus 126. J'allai sur tous les forums dédiés aux transports en commun, et y publiai le projet, accompagné de dizaines de liens prouvant la nécéssité de la nouvelle desserte. Au passage, je croisai le fer avec les colistiers qui le trouvaient débile et osaient l'exprimer publiquement. Des modérateurs idiots et des webmasters félons me banirent de leurs forums. Jeunes cons !

Au bout d'un an, ma femme lança une procédure de divorce, qu'elle gagna sans aucune difficulté, et obtint la garde du chat. On vendit notre bel appartement, et je m'achetai un studio à Issy, rue du Dr. Lombard - il m'était impossible de m'éloigner du secteur du Pont de Billancourt...

Les mois qui suivirent furent pénibles : mes amis me fuyaient, ler relations avec la famille se délitaient. Je devenais un pestiféré pour mes proches, soi-disant à force de les saoûler avec mes transports en commun.

Je plongeai avec déléctation dans un projet de grande ampleur : prolonger le métro depuis la Mairie d'Issy à Issy Ville et à Dr. Lombard, et remanier les lignes d'autobus dans le secteur. Bien évidement, je ne m'arrêtai pas là. Le réseau d'Ile de France avait besoin d'un énorme dépoussièrage, et je m'y attelai. Des étagères entières de ma bibliothèque se remplirent de dossiers parfaitement documentés, présentant mes projets de nouvelles dessertes, d'adaptations des trajets dans divers secteurs, réclamant de nouveaux moyens de transport. La RATP, la SNCF et le STIF faisaient la sourde oreille à toutes mes demandes. Sur les forums, je me faisais insulter et bannir de partout. Mais, il m'en fallait beaucoup plus pour que j'arrête. Que voulez-vous : il ne me restait que ça. Que ça, et la solitude.




Pour conclure, je laisse la parole à Kurtz, héros funeste de "Coeur de ténèbres" de Conrad : "L'horreur ! L'horreur".


Bus en vidéo : http://www.wat.tv/albums/recent/ik4itb
Glong-glongs : http://forum.aceboard.net/5699-331-46340-0-glong-glongologie.htm#vb
http://forum.aceboard.net/5699-331-55831-0-Bienvenue-chez-glong-glongs.htm#vb
Pages : 1 2  Suiv.

forum Index du forum forumDivers forumBienvenue chez les glong-glongs
Haut
Aller à :
  Ajouter une réponse rapide

Ajouter une réponse rapide