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| Auteur : | Sujet: LA MORT DU LOUP | Bas |
| Nany Administrateur Messages postés : 1322 ![]() |
LA MORT DU LOUP Les nuages couraient sur la lune enflammée Comme sur l'incendie, on voit fuir la fumée Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon. Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon. Dans la bruyère épaisse, et dans les hautes brandes, lorsque sous des sapins pareils à ceux des landes, nous avons aperçu les grands ongles marqués par les loups voyageurs que nous avions traqués. Nous avons écouté, retenant notre haleine et le pas suspendu,ni le bois ni la plaine ne poussait un soupir dans les airs; Seulement la girouette en deuil criait au firmament, car le vent, élévé bien au-dessus des terres, n'effleurait de ses pieds que les tours solitaires, et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés, sur leurs coudes semblaient endormis et couchés. Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête, le plus vieux des chasseurs qui s'était mis en quête a regardé le sable en s'y couchant; bientôt, lui que jamais ici on ne vit en défaut, a déclaré tout bas que ces marques récentes, annonçaient la démarche et les griffes puissantes de deux grands loups cerviers et de deux louveteaux. Nous avons tous alors préparé nos couteaux, et cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches, Nous allions pas à pas, en écartant les branches. Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient, j'aperçois tout à coup, deux yeux qui flamboyaient, et je vois au-delà quatre formes légères, qui dansaient sous la lune, au milieu des bruyères, comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux, quand le maître revient, les lévriers joyeux. Leur forme était semblable, et semblable la danse; mais les enfants du loup se jouaient en silence, sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi, se couche dans ses murs, l'homme, leur ennemi! Le père était debout, et plus loin contre un arbre, sa louve reposait, comme celle de marbre qu'adoraient les Romains, et dont les flancs velus couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus. Le loup vient et s'assied, les deux jambes dressées, par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées. Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris, Sa retraite coupée et tous ses chemins pris; alors il a saisi, dans sa gueule brûlante, du chien le plus hardi, la gorge pantelante et n'a pas desséré ses mâchoires de fer, malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles, se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles, Jusqu'au dernier moment ou le chien étranglé, mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé. Le loup le quitte alors, et puis il nous regarde. Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde, le clouaient au gazon, tout baigné dans son sang; nos fusils l'entouraient en sinistre croissant. Il nous regarde encore, ensuite il se recouche, tout en léchant le sang répandu sur sa bouche, et sans daigner savoir comment il a péri, refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri. J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre, me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre, à poursuivre sa louve et ses fils qui, tous trois, avaient voulu l'attendre, et comme je le crois, sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve, ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve; mais son devoir était de les sauver, afin de pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim, à ne jamais entrer dans le pacte des villes que l'homme a fait avec les animaux serviles qui chassent devant lui, pour avoir le coucher, les premiers possesseurs du bois et du rocher. Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'hommes que j'ai honte de nous -débiles que nous sommes!- Comment on doit quitter la vie et tous ses maux, c'est vous qui le savez :SUBLIMES ANIMAUX ! A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur, et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur! Il disait : Si tu peux, fais que ton âme arrive, a force de rester studieuse et pensive, jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté ou, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté. Gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche dans la voie ou le sort a voulu t'appeler, puis après, comme moi, souffre et meurs, sans parler. Alfred de Vigny (1838) --Message edité par nany le 2004-06-19 17:53:09-- | |||
![]() Même une toute petite personne peût changer le sens de l'avenir J.R.R.TOLKIEN http://meschatmours.forumactif.com http://meschamours.skynetblogs.be |
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