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forum Index du forum forumLes poètes, les auteurs forumPierre de Ronsard ( 1524-1585)

Auteur : Sujet: Pierre de Ronsard ( 1524-1585)  Bas
 Nany
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 Nany
  Posté le 10/11/2004 10:08:47
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"Le prince des poètes, le poète des princes"

http://www.alalettre.com/Images/ronsard.jpg

Fils de famille aristocratique, parent de Bayard et de la reine Elisabeth d'Angleterre, Pierre de Ronsard est né, en 1524, sous une belle étoile. Il est élevé dans le culte des arts et des lettres par un père admiratif de l'Italie. II se montre également très doué pour les exercices physiques, l'équitation, ou l'escrime et devient l'un des pages les plus séduisants de la cour de France.

C'est une surdité précoce qui le fait renoncer à la carrière militaire. Il se découvre alors une vocation pour la poésie.

En 1545 , alors qu'il a vingt ans , il rencontre une jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati. Aussitôt rencontrée, aussitôt disparue, la jeune Cassandre va devenir l'être "inaccessible". Elle se marie l'année suivante avec le seigneur de Pré. Elle sera à Ronsard, ce que Laure a été à Pétrarque, et va lui permettre de célébrer l'amour platonique

En 1547, Ronsard  fait la connaissance de Joachim du Bellay . Il décide de créer avec son ami et quelques autres jeunes poètes un groupe   qui prendra quelques années plus tard le nom de la Pléiade. Leur objectif est de soutenir le français contre ses détracteurs, enrichir son vocabulaire et son style et composer des œuvres inspirées des auteurs grecs et latins.

En 1550 , Ronsard publie les Quatre premiers livres des Odes qui le hissent au premier rang des poètes de l'époque. Marguerite de France puis le roi Charles IX se prennent d'enthousiasme pour ce "prince des poètes". Pendant deux décennies, Ronsard va jouir d'une grande renommée. Il  publie successivement ses Hymnes, ses Amours, puis ses Discours. En 1572, il se lance dans un projet gigantesque, La Franciade, une Eneïde à la française qui tournera court et se soldera par un échec.

A la jeune et austère Cassandre, se sont succédées Marie et Hélène , une jeune paysanne et une des filles de la Cour de Catherine de Médicis. Aux trois, dans des styles différents correspondant à la fois à la période de sa vie et aux caractères de ses muses, Ronsard a offert des sonnets que des générations de lycéens ont appris à déclamer .

Puis, soucieux de sa postérité, Ronsard consacre la fin de sa vie à la préparation des éditions de ses œuvres complètes. Ce qui ne l'empêchera pas de connaître plus de deux siècles d'oubli. Suite à sa mort, en 1585, il continue d'être vénéré et admiré jusqu'au début du dix-septième siècle. Une grande édition de 1623 le qualifie même de Prince des poètes français. Puis il faudra attendre 1857 pour que ses œuvres soient à nouveau éditées. Entre temps il essuya maintes critiques, dont celle de Jules Michelet : " Il frappait comme un sourd sur la pauvre langue française" n'est pas la plus virulente. Les écrivains de la seconde partie du dix-neuvième, Sainte-Beuve, Flaubert, et Maupassant , le sortent enfin de son purgatoire. Au vingtième siècle, il inspire Debussy, Saint-Saens, Ravel, Poulenc et Milhaud. En 1949, André Gide , dans son anthologie de la Poésie française, lui rend hommage : " Les poètes qui l'entourent ou qui lui succèdent sont, près de lui, froids, incertains, compassés, timorés."

Pourtant aujourd'hui, encore, celui qui fut l'un de ceux qui créa la langue poétique semble bien à l'étroit dans ce sonnet " Mignonne, allons voir si la rose…" dans lequel on l'a, bien malgré lui, enfermé.

merci àGuy Jacquemelle

Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.



Comme un Chevreuil

Comme un Chevreuil, quand le printemps détruit
L'oiseux cristal de la morne gelée,
Pour mieux brouter l'herbette emmiellée
Hors de son bois avec l'Aube s'enfuit,
 
Et seul, et sûr, loin de chien et de bruit,
Or sur un mont, or dans une vallée,
Or près d'une onde à l'écart recelée,
Libre folâtre où son pied le conduit :
 
De rets ni d'arc sa liberté n'a crainte,
Sinon alors que sa vie est atteinte,
D'un trait meurtrier empourpré de son sang :
 
Ainsi j'allais sans espoir de dommage,
Le jour qu'un oeil sur l'avril de mon âge
Tira d'un coup mille traits dans mon flanc.



Le printemps

Le printemps n'a point tant de fleurs,
L'automne tant de raisins meurs,
L'été tant de chaleurs halées,
L'hiver tant de froides gelées,
Ni la mer a tant de poissons,
Ni la Beauce tant de moissons,
Ni la Bretagne tant d'arènes,
Ni l'Auvergne tant de fontaines,
Ni la nuit tant de clairs flambeaux,
Ni les forêts tant de rameaux,
Que je porte au coeur, ma maîtresse,
Pour vous de peine et de tristesse.



Sonnet à Marie


Je vous envoie un bouquet, que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanouies,
Qui ne les eut à ces vêpres cueillies,
Tombées à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain,
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de temps, seront toutes flétries,
Et, comme fleurs, périront tout soudain.

Le temps s'en va, le temps s'en va ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame,

Et des amours, desquelles nous parlons
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle :
Donc, aimez-moi, cependant qu'êtes belle.



Quand vous serez bien vieille

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »
 
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom, de louange immortelle.
 
Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
 
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.



Je n'ai plus que les os

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m'en vais le premier vous préparer la place.

--Message edité par nany le 2004-11-10 10:19:30--

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Même une toute petite personne peût changer le sens de l'avenir
J.R.R.TOLKIEN
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