scg Messages postés : 3096 agent triple :)  |
Posté le 30/08/2005 23:26:09 | | Bon, voilà un petit texte qui n'aura pas de suite. Vous verrez il se suffit à lui même. Je vous préviens c'est tristounet...J'ai abusé du mélodrame je crois même.
Alors ca commence avec un présupposé détestable mais finalement pas si impossible vu les spoilers que Vaughn est mort. Oui, je sais, c'est méchant. Donc fans de MV, fuyez!
C’était une mort qui allait à l’encontre de ce qu’elle avait toujours cru. Au fond d’elle même, elle n’avait jamais pensé que la mort les séparerait. D’où venait cette certitude ? Peut être qu’elle avait bêtement imaginé que la foudre ne frappait jamais au même endroit ou alors que si l’un d’eux mourrait ce serait forcément avec l’autre. En tous cas, comme à chaque fois qu’elle avait été présomptueuse dans la vie, le réveil et le rappel à l’ordre avait été brutal.
La mort avait frappé et l’avait enlevé à elle.
Elle regardait la feuille devant elle, blanche, immaculée, un véritable défi à la confusion de son esprit et à son désespoir.
Ecrire…Ecrire ce qu’elle avait pensé du père de son enfant…pour lui…plus tard…thérapie pour le deuil…pour que cet enfant sache qu’il avait été conçu par amour…
Quand on s’appelle Sydney Ann Bristow, on ne se résigne pas, on lutte, on se redresse et on continue. Elle faisait cela depuis un an mais, mon dieu, que c’était fatigant !
Elle était tellement lasse.
Et il se passait quelque chose d’inhabituel. Elle ne parvenait pas à s’attacher à cet enfant. Elle ne parvenait pas à déverser sur lui tout cet amour contenu en elle. Elle savait que c’était là dans une partie inatteignable de son esprit. Il fallait juste le trouver.
Alors, écrivez, avait dit le médecin, dites lui ce que vous ne pouvez faire et pourquoi. Dire pourquoi, c’était parler de son père à cet enfant et du refus total d’accepter sa disparition.
C’était ouvrir son esprit au passé et cela faisait l’effet d’une coulée brûlante sur une terre déjà aride. Elle allait brûler c’est sûr, disparaître dans une flamme. Cela faisait déjà mal comme une brûlure.
Premiers mots laborieux…c’était plat. C’étaient des faits qu’elle racontait et elle échouait à dire ce qui était le plus important. Elle déchira la feuille.
Elle se leva et se dirigea vers la cuisine. Il était déjà 14 heures et elle n’avait rien avalé depuis la veille. Il fallait manger. Elle faisait cela depuis un an. S’alimenter, boire, dormir. Ce n’était malheureusement plus un réflexe alors elle devait y penser pour être en forme, pour continuer. C’était la seule chose qui avait traversé ces mois, son envie de vivre. D’abord pour le bébé, puis pour venger son père. Cela l’avait sauvé à un moment, il fallait bien le reconnaître . Elle se demandait qui elle était devenue pour avoir envie de vivre pour tuer d’autres personnes.
Elle avait des rêves affreux. Elle en faisait encore.
Soit elle revoyait le sang, soit elle le faisait couler.
Le sang de Vaughn. Dans la voiture.
Quand le fracas s’était arrêté, quand la voiture s’était immobilisée dans un coin du chemin, quand elle avait repris ses esprits, la tête douloureuse après une perte de connaissance de quelques secondes, elle avait vu le sang. Une trace mince et pourpre, presque esthétique sur la joue bronzée, qui ne coulait déjà plus, signe de la mort la plus évidente. Il avait la tête basculée vers elle et les traits au repos. Enfin. Elle avait hurlé. Elle ne s’en souvenait pas mais les passagers de la voiture qui venait de s’arrêter lui avaient dit et elle avait conservé une voix éraillée pendant plusieurs jours et la gorge douloureuse. Elle s’était cassée la voix. Et le reste.
Et puis il y avait les rêves où elle hurlait aussi en brandissant des armes de toutes sortes et en trucidant des masses de gens. Cela ne lui apportait aucun soulagement. Elle se réveillait migraineuse et épuisée. Même dans ses rêves elle se rendait compte que le sang pourrait se répandre pendant des années sans que rien ne change à ce fait inéluctable : elle l’avait perdu.
Elle se rassit devant la feuille qui la narguait. Tout ce blanc si inhabituel…
Alors vivre maintenant était devenu difficile, plus que cela épuisant. Un petit instinct veillait encore : maternel certainement mais il était fragile et ténu. Il y avait aussi l’idée que sa vie devait reprendre. Différente forcément. Il fallait juste s’accommoder avec ce trou qu’elle avait en elle.
Elle était en mauvais état elle même après cet accident. Elle avait un traumatisme crânien et la bras cassé. Mais elle ne se souvenait même pas avoir eu mal, ni avoir été soignée. Elle avait attendu patiemment que ses membres se consolident que sa forme physique revienne. Le temps avait fait son office. Pour tout ce qui est physique, ça marche très bien. Pour le reste…Il faut parfois attendre de se trouver face à cette feuille blanche.
C’était pour cela que c’était si difficile.
Elle prit le stylo en main et recommença : « Je ne pense pas qu’il y ait sur la planète trois âmes sœurs. Cela veut donc dire que je n’en aurai plus jamais. Mais, tout le monde ne rencontre pas la sienne. J’ai cet avantage sur les autres. »
Voilà. C’était positif ce qu’elle écrivait. Alors pourquoi pleurait-elle ?
Elle ne pleurait pas beaucoup, non pas qu’elle ne le puisse pas. Mais elle se l’interdisait. Ca ne servait à rien sinon à s’apitoyer sur elle même. Elle avait eu envie de se battre instinctivement et non pas de pleurer. Mais le découragement avait fini par gagner et elle trouvait parfois une satisfaction malsaine à justifier ses larmes. Qui avait connu un sort plus horrible que le sien ? Perdre le père de son enfant alors qu’on ne sait même pas qu’on est enceinte de lui, alors qu’on est sûre d’une seule chose dans sa vie, c’est qu’on l’aime ?
Les regards horrifiés et apitoyés des personnes qui connaissaient son drame étaient une satisfaction en soi alors…
Vous voyez, vos petits soucis de loyer ou de coiffure ratée sont ridicules.
Mais elle aurait donné n’importe quoi pour jérémier sur des sujets comme ceux-là.
Elle était rejetée dans le camp des grandes blessées de la vie et ça isolait plus sûrement qu’une maladie contagieuse.
Qu’avez-vous fait au bon dieu pour qu’il vous inflige cela ?
Si vos amis s’approchent de vous, le malheur risque de repartir accroché à leurs chaussures .
Et puis, elle reconnaissait être d’un ennui mortel. Elle avait du mal à se couler dans les ambiances des soirées même avec ses amis les plus proches, même chez Nadia enfin rétablie.
C’était bien la solitude, ça évitait de feindre. Mais cela déshumanisait.
Et puis il y avait l’incertitude sur qui il était vraiment mais ça ne comptait plus. Il avait été sincère avec elle et chercher ce qu’il aurait pu faire aurait noirci l’âme d’un mort. Elle n’avait pu s’y résoudre et elle savait que si une enquête discrète avait été menée par la CIA , on ne lui en avait pas parlé et c’était aussi bien comme ça.
Elle revint à sa feuille.
Elle entendit le micro-onde sonner dans la cuisine. Il fallait manger. Elle se leva, heureuse d’échapper à la pression. Elle avala debout une préparation dont elle ignorait le nom, au goût insipide. Elle mangea jusqu’au bout soigneusement. Puis elle avala un grand verre d’eau. Voilà, ses besoins vitaux étaient satisfaits.
De nouveau le vide blanc.
Elle écrivit sans réfléchir.
« Je n’ai pas gardé de photos ni d’objets personnels lui ayant appartenu. Je regrette maintenant parce que tu manqueras de repère . Je sais plus qu’une autre pourtant à quel point c’est important une simple photo ou un souvenir aussi insignifiant soit-il. Depuis que tu es né j’ai recherché et retrouvé quelques petites choses, chez nous ou chez des amis ou des membres de notre famille. J’espère que ce sera suffisant. Je les ai juste cachés à ma vue. Je n’ai pas besoin de cela, au contraire. Je veux me souvenir de lui autrement. »
Pour être tout à fait honnête, elle évitait de se souvenir de quoi que ce soit. C’était un terrain dangereux. Penser aux jours heureux étaient aussi douloureux qu’agréables. Elle s’évadait dans un souvenir parfois et souriait pour soudain reprendre pied avec la réalité et le temps virait au gris. C’était cela aussi qui était fatigant. Tout contrôler.
Elle y parvenait bien. Tout le monde la trouvait plutôt en forme et performante au travail. Elle formait de jeunes recrues maintenant. Horaires calmes et réguliers, salaire confortable, assurance pour elle et le bébé. La CIA savait prendre soin des agents meurtris, il fallait le reconnaître. Elle était appréciée de ses collègues.
Officiellement son deuil était fait. Elle savait que certains en parlaient en disant que cet agent jeune avait déjà un lourd passé de malheur derrière elle et qu’elle avait perdu son mythique partenaire. Le genre de détails tragiques que les jeunes agents adorent. Ils ne savaient pas ce qui les attendait.
« Ton père n’a pas su que tu allais venir et c’est l’une des choses les plus douloureuses que j’ai à vivre depuis sa mort. Je voudrais qu’il ne revive qu’une minute pour cela, pour que je puisse lui dire. Je donnerais dix ans de ma vie pour cette minute. Mais je ne suis pas sûre que je pourrais le laisser repartir. Alors, je me dis que c’est mieux comme ça. Mais il aurait été heureux, tellement heureux. Nous n’avions pas eu le temps d’en parler mais je le sais parce qu’il m’aimait »
Elle ravala ses larmes. C’était vraiment très difficile. Mais elle était dans la plus totale vérité, face à elle, enfin. Ne serait-ce que parce que Vaughn n’aurait pas le luxe d’aimer son fils, elle devait lui donner le double d’amour. C’était peut être cela qu’elle craignait, de ne jamais pouvoir en donner assez. Mais cet enfant était le portrait de son père et le regarder était aussi doux-amer que ressasser les souvenirs. La tâche semblait immense. Prendre dans ses bras ce bébé c’était accepter de le voir grandir et devenir plus important que tout. Elle ne pouvait se payer ce luxe. Mais avait-elle le choix ? Cet enfant était là et jamais elle n’aurait pu envisager qu’il n’y soit pas. Elle n’était pas seule, moins qu’elle ne le croyait en tous cas.
« Ce qui est très dur c’est que je sais qu’il aurait voulu jouer un rôle dans ta vie. T’enseigner le hockey par exemple. C’est le sport le plus idiot que je connaisse. Il cumule tellement de problèmes que je me demande qui a pu penser que ça pouvait être drôle. Il faut monter sur des patins avec une lame ridiculement mince et tenter de trouver son équilibre sur la glace. Mais ce n’est pas tout, il faut pousser un palet minuscule dans un but presque aussi petit, le tout avec une crosse aussi pratique qu’un crochet au bout d’un bras. Pourtant j’ai appris à y jouer. J’y allais régulièrement et j’avoue que j’aimerais que tu aimes ça. J’irais avec toi. J’ai conservé l’équipement de ton père. Ce sera démodé et usé mais ça, c’est vraiment lui. Plus que les papiers officiels qu’on nous a remis sur sa bravoure, son dévouement… »
Elle souriait doucement. Cette évocation du hockey était si vraie, si vivante, si douce.
Elle se voyait encore maladroite sur la glace, basculant contre Vaughn. C’était gênant cet équipement, on ne sent même pas le corps de l’autre…Décidément, ce sport était un non-sens.
Elle se leva et marcha vers la fenêtre, un peu en paix. Cela arrivait parfois. Les choses alors avaient un sens pendant quelques temps. Ca allait jusqu’à quelque jours et puis tout revenait en bourrasque violente et elle avait l’impression de reprendre son fardeau.
« Ton père était doux. Ce n’est pas un mot que j’aurais employé il y a encore peu de temps mais il était plus doux que moi. Il y a une violence en moi qu’il n’a jamais eu durablement même quand tout allait mal pour nous. C’est pour ça qu’il était mon âme sœur : il est mon empreinte, mon double inversé. Je suis toute violence, il est doux. Je suis intransigeante, il pardonne… »
Elle était en train de s’exprimer au présent. Cet exercice cruel allait la rendre folle.
Elle jeta le crayon et devant elle dans un geste vain pour échapper à tout cela. Cela ne servait à rien. Elle était dedans maintenant ; pourtant, elle avait tout fait pour ne pas y être. Elle était dans le deuil.
« Je souffre comme une damnée, en fait, mon chéri, je souffre parce que j’ai dû te choisir contre ton père. C’est horrible ce que j’écris et faux mais je le vis comme ça. Je n’ai pas pu faire grand chose pour lui pendant que je t’attendais. Le temps a passé, les indices se sont effacés et jamais on a retrouvé qui et pourquoi on avait fait ça. J’ai perdu le goût de risquer ma vie et je sais que je ne pourrai pas reprendre comme avant, risquer ma vie. Il faut que je sois là pour toi. Tout est là. Je n’ai pas encore admis ça et pourtant j’en ai envie. »
Elle prit la feuille et la mit de côté. Elle ne pouvait pas dire çà à un petit bébé qui gigotait un peu dans son sommeil près d’elle.
Elle recula sur sa chaise et observa le petit visage rose et le toupet de cheveux fins et blonds qui couronnait le petit crâne. C’était son fils. Leur fils. Et ça se voyait tellement que ça provoquait chez elle une petite bulle d’émotion qui venait éclater devant ses yeux. Sa vue se brouillait et elle devait vite détourner les yeux.
Bizarrement, elle se sentait mieux. Peut être que ça marchait finalement , cette thérapie… Ecrire, peut être même lui écrire directement…
Elle regarda de nouveau le berceau et vit deux grands yeux la fixer avec sérieux et attention. Le regard fixe des bébés est parfois dérangeants. Elle l’avait vécu comme cela.
Elle sourit et la petite bouche s’incurva lentement.
Voilà. Encore un de ces moments parfaits.
Elle rangea les papiers pour aujourd’hui. Ils avaient fait leur office. Elle avait envie de câliner ce bébé et de lui chuchoter à l’oreille le bonheur de l’avoir là et que s’il ne voyait jamais son père, elle saurait lui dire tout l’amour qui avait amené sa naissance.
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