andréa Messages postés : 66 tout beau tout nouveau! |
Posté le 15/12/2008 14:06:31 | | Un songe d’oiseau
Lorsque je suis entrée dans sa chambre.
Le silence régnait en maître.
Sous la faible lumière de l’abat-jour je distinguais son visage pourpre.
Et ses yeux encore ouverts.
Elle ne dormait pas mais paraissait soucieuse, inquiète, comme si pour la première fois de sa vie, elle craignait la nuit.
Elle pensait à son père resté là-bas dans l’île.
Elle ne l’a encore jamais connu, je la lui ai volée en naissant.
Au bord du songe.
Elle l’attendait.
Elle l’imaginait se muer en ange et entrer par la fenêtre restée encore ouverte.
Il venait régulièrement chaque nuit en silence et Ils jouaient ensemble
Sauf quand il pleut elle a peu de chance d’être satisfaite.
Je n’étais pas totalement indifférente à la suite de cet événement.
Que je suivais avec un intérêt flottant au gré de ses humeurs.
Ainsi, un soir, ou j’allais tirer les rideaux, j’étais surprise d’une effervescence d’épines entre mes cils.
J’ai cru voir un instant ce que j’imaginais.
Il était bien là à quelques millimètres de moi son désir sur ma poitrine.
Il dansait comme elle, avec la lune autour des bras et un serpent autour du cou.
Je l’ai regardé les yeux pleins de larmes et sans être capable de lui demander:
« Au fait, ton arrivée ici, ça s’est passé comment ? »
D'ailleurs, avais-je, à l'époque de son vivant, déjà eu l'occasion de lui poser des questions ?
On ne parlait jamais de sentiments ni de nous-même Ni même de ma grossesse
Nous pouvions tout au plus parler de la guérilla, des articles de presse que nous lisions, ce qui me permit de découvrir qu'il y avait moyen de s'échapper clandestinement de l’île
Ce n'était un secret pour personne qu'il était hostile aux américains.
Il ne l'affichait pas, mais disparaissait au milieu de la nuit et revenait souvent comme un blanc fantôme à l’aube ou deux jours après.
Il avait décidé de vivre dans l’adversité.
Il préférait se rendre utile pour les besognes discrètes et dangereuses.
La mort était toujours sur son chemin comme un salut.
Maintenant, à son retour, après l'intensité du songe, quand je réfléchis à tout ce que j'ai vu, et si près ; la tendresse se mêle à mes racines.
Existe-il entre ce qui est et ce qui fut, un trait d’union du côté de la pensée ?
J’éprouve une émotion trop forte que je n’espérais jamais, elle m’apporte la considération humaine que je cherchais.
Cela me suffit mais ne règle pas mon problème.
Maintenant, à son retour j’ai l’angoisse de perdre ma fille, de ne pas la voir redevenir normale et équilibrée.
Je n'ai pas le droit de la laisser se consumer dans son rêve à bout de mythe.
Gloire au mirage qui vient du sang.
Son père croit que tout dépend de lui.
Alors que tout repose sur moi.
Qui veille sur sa santé ?
Qui est toujours là à ses cotés ? Qui la prévient des dangers ?
Qui la pare d’armure pour faire face au quotidien ?
Je crois qu’il se trompe.
Il n’a pas encore senti ce que j’ai senti.
Il ne l’a jamais tenue dans ses bras
Il n’a même pas vu ses premiers pas.
Il ne pourra jamais comprendre comme fonctionne le cœur d’une adolescente.
Qui pourra me dire comment l’apprivoiser pour la voir vivre un peu ce que qu’elle a perdu.
Qui pourra me le dire !
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