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| Auteur : | Sujet: Le clochard en bas de chez moi | Bas |
| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
Quand je descends les marches du quartier pour aller vers le vieux port, en bas, il y a un clochard qui m’attend. C’est souvent le même. Lui me met mal à l’aise. Il a une façon à lui de demander du fric, de demander. Une façon à lui, brusque. Il se place là où on passe, là où je passe. Je sais qu’il regarder bien où il va s’asseoir, il connaît les endroits stratégiques, il y en a deux ou trois. C’est un chassé-croisé, je l’évite quand je peux. Je lui ai donné plusieurs fois de l’argent, plusieurs je lui ai dit non, ou je suis passé sans un regard, vite, mais je ne me sentais pas bien. Il m’amène à plein de réflexions, sur ma condition, sur la condition humaine d’aujourd’hui. J’ai un logement. Même quand je ne gagnais plus rien, j’ai toujours eu un logement. Je n’ai jamais dormi dehors. Même quand ça a été limite. Il me culpabilise. Je ne suis pas tranquille. Il ne me fait pas pitié. Il va droit au but, il ne se fait pas d’état d’âme, il fixe droit le regard. Il sait. Il a compris. Je ne peux passer à côté qu’en feignant l’indifférence. Mais en même temps, je ne veux pas donner à lui plus qu’à un autre. Je refuse. Je ne donne jamais aux enfants des rues, je sais ce qui se trame derrière. C’est pareil, je suis mal à l’aise. Non, c’est encore autre chose. Ca me révolte, intérieurement. Ce sont des enfants... Ca me fait mal. Lui, ce clochard, ce n’est pas la même chose. J’y pense trop. Il y en a d’autres à qui je donne. Je ne suis jamais indifférent. Même quand je fais semblant de l’être, j’y pense, justement parce que je sais que je fais semblant. Mais je ne suis pas riche, il y a plein de riches dans le quartier, dans la ville, plein de riches, plein de fric... Je dois penser à moi, aussi, il faut. Parce que des fois, j’ai senti que je n’étais pas loin de me laisser aller, à moitié par solidarité, à moitié parce que je n’étais plus tout à fait intégré à la société. C’est insupportable, je voudrais qu’il parte... Mais non, je préfère qu’il reste, là, dans le quartier, là où on ne peut l’éviter, là où il interpelle, là, près, là d’où il nous regarde... Son regard colle à la peau, et on est obligé de regarder. Quand je peux, je parle avec eux, et je me sens à nouveau humain. Je fais ce que je peux, pour dépanner, quelques pièces pièce, une cigarette. Et un sourire, quelques parole, quand c'est sincère, ça compte aussi, différemment, mais au moins autant... Il est grand temps de changer la société, celle où on nous oblige à vivre est devenue complètement pourrie... --Message edité par kelig le 2010-06-21 12:39:51-- | |||
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