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| Auteur : | Sujet: Chemin d'école, Paris, pendant la guerre... | Bas |
| Lilas Messages postés : 224 |
Ton récit bien vivant qui a le cachet nostalgique du passé m'a bien plu, Aglaé. Il n'y avait pas d'uniformes à mon lycée, mais je me souviens avoir contracté la haine de ceux-ci les jeudis en bleu-marine et blanc, sous la houlette pas toujours bienveillante des religieuses ! Heureusement, il n'y avait pas de béret, je crois que je l'aurais oublié ou perdu aussi souvent que toi ! |
| aglaé Messages postés : 576 amare amabam |
Lilas merci. tu m'as souvent écrit des mots très amicaux qui m'ont fait bon coeur! Mes souvenirs, ceux de l'enfance et ceux de l'âge adulte, ont été groupés et édités sous le titre de "JYFOUTOU", aux editions Bouquinstinct, collection Emeutes. je ne me souviens plus du prix mais je peux le savoir si, un jour, mon oeuvrette t'interesse. Bonne fin de semaine à toi avec ceux que tu aimes: c'est la seule bonne chose dans cette chienne de vie! Aglabisoudoux | |||
| tout n\'est pas perdu tant qu\'on est mécontent de soi (Cioran) |
| aglaé Messages postés : 576 amare amabam |
Pour Lilas, un souvenir très différent... Devant une caisse de filets de merlans Certaines amitiés suivent des trajectoires compliquées. J’avais rencontré Annick, pendant nos études communes d’infirmières, dans une ville française de moyenne importance. Les jeunes filles qui suivaient cette formation en deux ans, à cette époque là, sous l’œil faussement bienveillant des sœurs de Saint Thomas de Villeneuve étaient, comme on dit, des jeunes filles de bonnes familles. La plupart d’entre elles avaient suivi plus ou moins bien des études secondaires dans une boite très privée, sans toutefois espérer un bachot et, en cela, elles avaient bien raison. Leurs familles avisées estimaient qu’une formation médicale même légère, leur donnerait un vernis élégant et , peut-être qu’un jeune interne en médecine plein d’avenir apprécierait leurs charmes au passage. Dieu merci, quelques solides filles de la campagne, généreuses et sans ambitions, insufflaient à l’ensemble du groupe, bonne humeur et simplicité. Je me suis rapprochée très vite d’Annick, sans très bien savoir pourquoi sur le moment. Je pense que c’est son humour qui m’a séduite. Nous portions pour la dernière année, le voile d’infirmière comme dans les vieux mélo après la guerre de quatorze ; si bien que nos cheveux à toutes deux, déjà maigres et fins de nature, furent dans un état pitoyable après quelques semaines. Nos ennuis de coiffure devinrent un sujet quotidien de jérémiades et de rigolades réunies, et nous nous croisions dans les couloirs de l’hôpital en nous interrogeant d’un ton désespéré : « Comment vont tes cheveux ? » Rire, dans un hôpital, en mille neuf cent cinquante, sous l’œil perçant des bonnes sœurs, n’était pas chose aisée. Nous avons donc chois,i le plus souvent possible, des stages communs, le matin, à la maternité, dans les services chirurgicaux, dans les équipes de spécialistes. L’après midi, nous avions des cours à l’école d’infirmière, que nous suivions scrupuleusement, sans nous quitter. Annick fut obligée d’interrompre ses études au début de la deuxième année, pour cause de primo-infection tuberculeuse, ce qui pouvait être grave et surtout, incompatible avec une activité hospitalière. Quoique séparées par les circonstances, nous avons gardé des relations excellentes, fréquentes et toujours très gaies. C’est à cette époque là, qu’elle me dit un jour, à propos de sa mère qui faisait son ménage à longueur de journée " Ma mère, elle n’a retenu qu’une chose de son catéchisme, c’est : " Tu es poussière et tu retourneras en poussière ». L’année suivante, nous nous sommes mariées toutes les deux, elle avec un marin, et ils formaient à eux deux un couple magnifique, et moi avec un médecin qui venait de terminer ses études. Sans être jamais devenus des amis vraiment intimes, j’ai le souvenir de quelques soirées très réjouissantes avec eux. Annick avait beaucoup d’esprit et son mari lui emboîtait le pas avec bonheur. Quand Bernard fut nommé capitaine au long cours, Annick se plaignit que son mari dirigea sa famille à la baguette, comme son bateau et elle lui avait cousu sur ses vêtements, y compris les pyjamas et les slips, de superbes galons dorés. Tout naturellement, pendant les voyages de Bernard, son mari, nous nous voyions plusieurs fois par semaine et une fois sur deux elle partageait avec nous le repas du soir. Deux enfants sont arrivés chez nos amis et quatre chez nous, sans rompre cette amitié. Si bien que je ne comprends pas pourquoi, lentement, insidieusement, les liens qui nous unissaient se sont desserrés .Il s’est glissé entre nous une lassitude, des reproches légers, des jalousies, je dirais bien des « mauvaisetés » Très lentement, nous nous sommes moins rencontrées, puis encore moins, puis plus du tout. Nous ne nous sommes pas disputées, simplement éloignées. Nous nous connaissions depuis près de quinze ans. Pendant des années, même dans la rue en faisant nos courses, nous ne nous sommes jamais rencontrées. J’ai connu d’autres amies. Nous avons quitté notre quartier pour habiter une maison et un jardin hors la ville, et le temps a passé, entraînant avec lui des regrets sans doute, et des oublis, certainement. Je ne me rappelle pas si je pensais à elle, si je faisais des reproches précis à elle ou à moi. Compte tenu de nos caractères respectifs, je pense plutôt ceci : puisque nous avions moins de plaisir à nous voir, pourquoi continuer à nous rencontrer. C’était une rupture douce, une infidélité réciproque, avec des souvenirs heureux. Personne n’était coupable. Un matin d’hiver, plusieurs années plus tard, bien boutonnée jusqu’au cou, un panier à la main, j’ouvre la porte d’une poissonnerie du quartier commerçant du Havre, et j’entre. Quelques femmes sont là, devant l’étal, un peu serrées les unes contre les autres car la boutique n’est pas grande. Je jette un coup d’œil aux poissons, puis aux femmes à coté de moi, et mon cœur fait un bond dans ma poitrine : Annick est là, à quelques mètres de moi. Deux ou trois femmes nous séparent, choisissant soigneusement qui leurs merlans qui leur cabillaud. Il nous est impossible de ne pas nous voir. Et nous voyant, il nous est impossible de ne pas nous saluer. Notre gêne réciproque nous paralyse. Je voudrais disparaître sous terre. J’éprouve un malaise grandissant sans me résoudre à un acte raisonnable, soit un bonjour, c’est pourtant simple, soit une sortie du magasin nette et sans bavure. Mais je reste fichée en terre. Annick, servie avant moi, me frôle sans un mot en partant, ses filets de merlans roulés dans un journal. Où était donc notre humour ce jour-là ? Je passe une journée très maussade. Je ne parle à personne de mon aventure du matin et mon mari, très occupé à cette époque de notre vie ne peut deviner à quel point je suis mal à l’aise. Je vais et viens dans la maison, sans rien faire de bon, je rumine, je tourne en rond comme un vieux chien malade. Je ne voyais plus Annick depuis des années, sans chagrin particulier, mais quelque chose en moi ne peut supporter la scène du matin. Je ne la digère pas. Je veux l’effacer. Je cherche une idée pour supprimer cette matinée de ma vie. Je m’allonge sur mon lit. Je suis en larmes. « Toc, Toc,Toc « Je descends… « Madame Aglaé V. ? « Oui ! « Une petite signature, s’il vous plait !…pour interflora… « Merci Madame, au revoir Madame Elles sont plus jolies à regarder que les filets de merlans…Une brassée de roses…Elle non plus, elle n’a pas supporté. Aglaé | |||
| tout n\'est pas perdu tant qu\'on est mécontent de soi (Cioran) |
| aglaé Messages postés : 576 amare amabam |
Pour Lilas, un souvenir très différent... Devant une caisse de filets de merlans Certaines amitiés suivent des trajectoires compliquées. J’avais rencontré Annick, pendant nos études communes d’infirmières, dans une ville française de moyenne importance. Les jeunes filles qui suivaient cette formation en deux ans, à cette époque là, sous l’œil faussement bienveillant des sœurs de Saint Thomas de Villeneuve étaient, comme on dit, des jeunes filles de bonnes familles. La plupart d’entre elles avaient suivi plus ou moins bien des études secondaires dans une boite très privée, sans toutefois espérer un bachot et, en cela, elles avaient bien raison. Leurs familles avisées estimaient qu’une formation médicale même légère, leur donnerait un vernis élégant et , peut-être qu’un jeune interne en médecine plein d’avenir apprécierait leurs charmes au passage. Dieu merci, quelques solides filles de la campagne, généreuses et sans ambitions, insufflaient à l’ensemble du groupe, bonne humeur et simplicité. Je me suis rapprochée très vite d’Annick, sans très bien savoir pourquoi sur le moment. Je pense que c’est son humour qui m’a séduite. Nous portions pour la dernière année, le voile d’infirmière comme dans les vieux mélo après la guerre de quatorze ; si bien que nos cheveux à toutes deux, déjà maigres et fins de nature, furent dans un état pitoyable après quelques semaines. Nos ennuis de coiffure devinrent un sujet quotidien de jérémiades et de rigolades réunies, et nous nous croisions dans les couloirs de l’hôpital en nous interrogeant d’un ton désespéré : « Comment vont tes cheveux ? » Rire, dans un hôpital, en mille neuf cent cinquante, sous l’œil perçant des bonnes sœurs, n’était pas chose aisée. Nous avons donc chois,i le plus souvent possible, des stages communs, le matin, à la maternité, dans les services chirurgicaux, dans les équipes de spécialistes. L’après midi, nous avions des cours à l’école d’infirmière, que nous suivions scrupuleusement, sans nous quitter. Annick fut obligée d’interrompre ses études au début de la deuxième année, pour cause de primo-infection tuberculeuse, ce qui pouvait être grave et surtout, incompatible avec une activité hospitalière. Quoique séparées par les circonstances, nous avons gardé des relations excellentes, fréquentes et toujours très gaies. C’est à cette époque là, qu’elle me dit un jour, à propos de sa mère qui faisait son ménage à longueur de journée " Ma mère, elle n’a retenu qu’une chose de son catéchisme, c’est : " Tu es poussière et tu retourneras en poussière ». L’année suivante, nous nous sommes mariées toutes les deux, elle avec un marin, et ils formaient à eux deux un couple magnifique, et moi avec un médecin qui venait de terminer ses études. Sans être jamais devenus des amis vraiment intimes, j’ai le souvenir de quelques soirées très réjouissantes avec eux. Annick avait beaucoup d’esprit et son mari lui emboîtait le pas avec bonheur. Quand Bernard fut nommé capitaine au long cours, Annick se plaignit que son mari dirigea sa famille à la baguette, comme son bateau et elle lui avait cousu sur ses vêtements, y compris les pyjamas et les slips, de superbes galons dorés. Tout naturellement, pendant les voyages de Bernard, son mari, nous nous voyions plusieurs fois par semaine et une fois sur deux elle partageait avec nous le repas du soir. Deux enfants sont arrivés chez nos amis et quatre chez nous, sans rompre cette amitié. Si bien que je ne comprends pas pourquoi, lentement, insidieusement, les liens qui nous unissaient se sont desserrés .Il s’est glissé entre nous une lassitude, des reproches légers, des jalousies, je dirais bien des « mauvaisetés » Très lentement, nous nous sommes moins rencontrées, puis encore moins, puis plus du tout. Nous ne nous sommes pas disputées, simplement éloignées. Nous nous connaissions depuis près de quinze ans. Pendant des années, même dans la rue en faisant nos courses, nous ne nous sommes jamais rencontrées. J’ai connu d’autres amies. Nous avons quitté notre quartier pour habiter une maison et un jardin hors la ville, et le temps a passé, entraînant avec lui des regrets sans doute, et des oublis, certainement. Je ne me rappelle pas si je pensais à elle, si je faisais des reproches précis à elle ou à moi. Compte tenu de nos caractères respectifs, je pense plutôt ceci : puisque nous avions moins de plaisir à nous voir, pourquoi continuer à nous rencontrer. C’était une rupture douce, une infidélité réciproque, avec des souvenirs heureux. Personne n’était coupable. Un matin d’hiver, plusieurs années plus tard, bien boutonnée jusqu’au cou, un panier à la main, j’ouvre la porte d’une poissonnerie du quartier commerçant du Havre, et j’entre. Quelques femmes sont là, devant l’étal, un peu serrées les unes contre les autres car la boutique n’est pas grande. Je jette un coup d’œil aux poissons, puis aux femmes à coté de moi, et mon cœur fait un bond dans ma poitrine : Annick est là, à quelques mètres de moi. Deux ou trois femmes nous séparent, choisissant soigneusement qui leurs merlans qui leur cabillaud. Il nous est impossible de ne pas nous voir. Et nous voyant, il nous est impossible de ne pas nous saluer. Notre gêne réciproque nous paralyse. Je voudrais disparaître sous terre. J’éprouve un malaise grandissant sans me résoudre à un acte raisonnable, soit un bonjour, c’est pourtant simple, soit une sortie du magasin nette et sans bavure. Mais je reste fichée en terre. Annick, servie avant moi, me frôle sans un mot en partant, ses filets de merlans roulés dans un journal. Où était donc notre humour ce jour-là ? Je passe une journée très maussade. Je ne parle à personne de mon aventure du matin et mon mari, très occupé à cette époque de notre vie ne peut deviner à quel point je suis mal à l’aise. Je vais et viens dans la maison, sans rien faire de bon, je rumine, je tourne en rond comme un vieux chien malade. Je ne voyais plus Annick depuis des années, sans chagrin particulier, mais quelque chose en moi ne peut supporter la scène du matin. Je ne la digère pas. Je veux l’effacer. Je cherche une idée pour supprimer cette matinée de ma vie. Je m’allonge sur mon lit. Je suis en larmes. « Toc, Toc,Toc « Je descends… « Madame Aglaé V. ? « Oui ! « Une petite signature, s’il vous plait !…pour interflora… « Merci Madame, au revoir Madame Elles sont plus jolies à regarder que les filets de merlans…Une brassée de roses…Elle non plus, elle n’a pas supporté. Aglaé | |||
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| aglaé Messages postés : 576 amare amabam |
Excusez moi pour ce doublon involontaire! Glaé | |||
| tout n\'est pas perdu tant qu\'on est mécontent de soi (Cioran) |
| Lilas Messages postés : 224 |
Merci Aglaé ! j'aime beaucoup aussi ! ... et je vais bien trouver un moment début avril pour passer commande du livre que tu m'as indiqué. IL figure bien sur le site. J'aime ces tranches de vie, ces anecdotes qui vont plus loin que là où elles semblent s'arrêter. C'est curieux, j'ai vécu, en des circonstances différentes, la même scène et ressenti les mêmes impressions. Mais il s'agissait d'une amitié de bien moins longue durée. Et je crois que l'une et l'autre nous avons tiré un enseignement de notre silence. (Ce fut mon cas), mais un enseignement très différent je crois. IL faudra que j'écrive cela un jour, pour secouer une certaine amertume de mes épaules ... je t'embrasse ! |
| aglaé Messages postés : 576 amare amabam |
Lilas le charme des souvenirs écrits réside dans le fait qu'à un moment donné, l'auteur en nous racontant sa vie...nous raconte la nôtre....enfin je crois. Merci pour tes mots Aglaé | |||
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| Lilas Messages postés : 224 |
Si Si l’on pouvait figer le temps qui nous dévore Arrêter la ruée des jours et du destin Garder pour les demains quelque baiser encore Sur la tempe tendue la bouche ou bien la main Si l’on pouvait furtif voler quelques secondes Pour l’odeur des freezias du buis ou de la pluie Sur le pavé luisant retenir tout un monde Qui brille dans les flaques et déjà qui s’enfuit Si l’on pouvait garder l’enfant qui devient homme L’amour qui se délite et cette main tendue La mère qui nous quitte et l’élan éperdu Vers un nouvel amour qui notre passé gomme Si l’on pouvait revoir les yeux tôt refermés La bouche de vingt ans souriante et sans rides Le visage aperçu une seule fois un été Qui dans notre avenir a dessiné un vide Si l’on pouvait entendre la douce voix fluette De l’aïeule endeuillée qui berçait nos jeudis Les pas évanouis sur le retour des fêtes Le cri du nouveau-né surgissant dans nos vies Si l’on pouvait redire les mots de notre rêve A voix haute et serein chaque fois que la vie Voulut les empêcher de tourner dans nos têtes Pour chaque rêve enfin qu’un jour on nous a pris Si l’on pouvait d’amour recouvrir tous les actes Qui furent accomplis sans gaieté et sans joie Si l’on pouvait briser sans remords certains pactes Si l’on pouvait surtout ne mourir qu’une fois ( en réponse à une question que tu m'avais posée il y a qq temps voici l'un de mes poèmes déjà bien ancien) |
| Lilas Messages postés : 224 |
Mince alors ! je viens seulement de me rendre compte qu'il y a rimes ou assonances ! J'aurais dû le poster en "poésie" pour voir si Jordy corrigeait mes négligences ! Je ne pense pas l'avoir déjà posté mais je peux me tromper ... A bientôt |
| aglaé Messages postés : 576 amare amabam |
NON!!! il est très bien là, presque pour moi toute seule...et moi, je suis incapable de voir les insuffisances prosodiques. Par contre, je sens très vivement ce petit remuement intérieur à la lecture , une émotion au sens étymologique.....un bo thème...et du souffle....beau cadeau du matin .Bonne journée Aglaé | |||
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