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| Auteur : | Sujet: L'écrivain à la fin du monde | Bas |
| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
Imagine, notre auteur a envie d'écrire un truc véritable, comme tout véritable auteur. Ce n'est pas le genre d'auteur à écrire pour se la raconter, ni à faire l'acteur, ou encore le promoteur, c'est le genre d'auteur en chantier qui aime les mots et les livres pour de vrai, pour de bon. C'est un écrivain. Forcément, il veut tenter d'écrire quelque chose qui fasse rêver, avec des personnages, des situations, et il a envie d'imaginer des histoires ancrées dans la vie de tous les jours. Forcément. Sinon, le lecteur ne va pas accrocher, il va s'ennuyer. Celui-ci a envie et besoin de lire une histoire qui le touche, qui l'émeuve, qui le fasse rire et pleurer, qui le remue, qui l'ébranle, donc qui corresponde à son vécu, qui le renvoie à sa propre vie (comme un miroir déformant, intelligent), qui lui donne à capter quelque chose du monde tel qu'il est. Sinon, il va fermer le bouquin, il va se dire : "Bon sang, c'est chiant de lire !" Il aura tout à fait raison. Mais voilà, l'écrivain en question se trouve face à un problème insoluble car il a fait ce constat : les liens entre les gens sont dissous et les gens sont brisés, de l'intérieur. Il essaye tout de même d'écrire, mais tout ce qu'il écrit se brise au bout d'une page, tout ce qu'il invente s'effrite, devient abscons. Ou ne parle que d'un bout, que d'un petit morceau sans unité (qu'est-ce qu'un livre s'il n'est pas entier ?). Le langage ayant perdu son sens, comme son utilité, ne parvenant plus à décrire de manière claire et intelligible le monde tel qu'il est devenu, tel qu'il est en train de se détruire. Alors il tourne en rond, indéfiniment. Il espère l'inspiration, celle qui transcendera l'écriture de son livre monde, mais il est lucide et sait son attente impossible car l'inspiration naît des rêves tandis que le monde est devenu un cauchemar où les voiles sont en train de découvrir partout des horreurs. La hantise de l'écrivain : quand l'horreur est omniprésente, plus de place pour la respiration de l'écriture, la langue est étouffée et broyée. Seule une novlangue permet alors de communiquer, une langue de mensonge, mais plus de place pour une langue d'écrivain. Dans un ultime sursaut il se met à écrire un polar. Las, il n'a pas le courage de le terminer. Car il voit la réalité de son histoire en train de se produire, là, sous ses yeux, dans son quotidien, elle lui enlève un à un tous les mots de ses doigts. Il ne lui reste plus rien, que la solitude de sa pensée impuissante à formuler l'indicible. | |||
| http://petissillon.hautetfort.com/ http://poemesenfleche.canalblog.com/ |
| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
L'écrivain qui assistait à la fin du monde Imagine, notre auteur avait envie d'écrire un truc véritable, comme tout véritable auteur. Il n'était pas le genre d'auteur à écrire pour se la raconter, ni à faire l'acteur, ou encore le promoteur, il était le genre d'auteur en chantier aimant les mots et les livres pour de vrai, pour de bon. C'était un écrivain. Forcément, il voulait tenter d'écrire une histoire qui fasse rêver, avec des personnages hauts en couleur, des situations originales, il avait envie d'imaginer une histoire ancrée dans la vie de tous les jours. Sinon, le lecteur n'accrocherait pas, il s'ennuierait. Celui-ci a toujours envie, et même besoin, de lire une histoire qui le touche, l'émeuve, le fasse rire et pleurer, le remue, l'ébranle, le transporte et le fasse voyager, donc correspondant à son vécu, le renvoyant à sa propre vie (comme un miroir déformant, intelligent), lui ouvrant des portes, lui donnant à capter quelque chose du monde tel qu'il est, transposé. Sinon, le malheureux lecteur referme le bouquin et se dit : "Bon sang, c'est chiant de lire !" Il a toujours raison : la lecture c'est du plaisir et du bonheur, non de l'ennui. Mais voilà, l'écrivain en question se trouvait face à un problème insoluble, ayant fait ce constat : les liens entre les gens sont dissous et les gens sont brisés, de l'intérieur. Il essaya tout de même de se lancer, mais tout ce qu'il écrivait se brisait au bout de la première page, tout ce qu'il inventait s'effritait, ou devenait abscons. Ou ne parlait que d'un bout, d'un petit morceau de l'ensemble. Or qu'est-ce qu'un livre qui n'est pas entier ? Le langage avait perdu son sens et son utilité, ne parvenant plus à décrire de manière claire et intelligible le monde tel qu'il était devenu, tel qu'il était en train de se détruire... Alors, l'écrivain aux feuilles blanches et raturées tournait en rond, indéfiniment, broyant du noir. Il espéra un temps la divine inspiration, celle-ci viendrait transcender l'écriture de son livre monde, apposer une touche de magie sensible, sublimer son conte. Cependant, lucide, il savait cette attente impossible, l'inspiration naissant des rêves, tandis que le monde devenait un cauchemar où les voiles découvraient partout des horreurs de manière globale... La hantise de l'écrivain sous les feux : l'horreur omniprésente, plus de place pour la respiration de l'écriture et la langue, asphyxiée, s'étouffant. Et la poésie, paix ait son âme... Seule une novlangue permettait encore de communiquer, une langue de mensonge, mais plus de place pour une langue d'écrivain. Dans un ultime sursaut, le tenace écrivain se lança dans l'écriture d'un polar. Las, il n'eut pas la force de le poursuivre. Il voyait la réalité de son histoire en train de se produire sous ses yeux, jusque son quotidien le plus intime. Elle suçait sa veine d'écriture, cette réalité, lui ôtant un à un tous les mots de ses doigts devenus vains. Il ne lui resta en définitive plus rien, que la solitude de sa pensée impuissante à formuler l'indicible... Irrémédiablement perdu, il était condamné à en contempler la fin. A moins que quoi ? | |||
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| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
L'écrivain qui assistait à la fin du monde Imagine, notre auteur avait envie d'écrire un truc véritable, comme tout véritable auteur. Il n'était pas le genre d'auteur à écrire pour se la raconter, ni à faire l'acteur, ou encore le promoteur, il était le genre d'auteur en chantier aimant les mots et les livres pour de vrai, pour de bon. C'était un écrivain. Forcément, il voulait tenter d'écrire une histoire qui fasse rêver, avec des personnages hauts en couleur, des situations originales, il avait envie d'imaginer une histoire ancrée dans la vie de tous les jours. Sinon, le lecteur n'accrocherait pas, il s'ennuierait. Celui-ci a toujours envie, et même besoin, de lire une histoire qui le touche, l'émeuve, le fasse rire et pleurer, le remue, l'ébranle, le transporte et le fasse voyager, donc correspondant à son vécu, le renvoyant à sa propre vie (comme un miroir déformant, intelligent), lui ouvrant des portes, lui donnant à capter quelque chose du monde tel qu'il est, transposé. Sinon, le malheureux lecteur referme le bouquin et se dit : "Bon sang, c'est chiant de lire !" Il a toujours raison : la lecture c'est du plaisir et du bonheur, non de l'ennui. Mais voilà, l'écrivain en question se trouvait face à un problème insoluble, ayant fait ce constat : les liens entre les gens sont dissous et les gens sont brisés, de l'intérieur. Il essaya tout de même de se lancer, mais tout ce qu'il écrivait se brisait au bout de la première page, tout ce qu'il inventait s'effritait, ou devenait abscons. Ou ne parlait que d'un bout, d'un petit morceau de l'ensemble. Or qu'est-ce qu'un livre qui n'est pas entier ? Le langage avait perdu son sens et sa cohésion, et ainsi son utilité, ne parvenant plus à décrire de manière claire et intelligible le monde tel qu'il était devenu, tel qu'il était en train de se détruire... Alors, l'écrivain aux feuilles blanches et raturées tournait en rond, indéfiniment, broyant du noir. Il espéra un temps la divine inspiration, celle-ci viendrait transcender l'écriture de son livre monde, apposer une touche de magie sensible, sublimer son conte. Cependant, lucide, il savait cette attente impossible, l'inspiration naissant des rêves, tandis que le monde devenait un cauchemar où les voiles découvraient partout des horreurs de manière globale... La hantise de l'écrivain sous les feux : l'horreur omniprésente, plus de place pour la respiration de l'écriture et la langue, asphyxiée, s'étouffant. Et la poésie, dis-tu ? paix ait son âme... Seule une novlangue permettait encore de communiquer, une langue de mensonge, mais plus de place pour une langue d'écrivain. Dans un ultime sursaut, le tenace écrivain se lança dans l'écriture d'un polar. Las, il n'eut pas la force de le poursuivre. Il voyait la réalité de son histoire en train de se produire sous ses yeux, jusque son quotidien le plus intime. Elle suçait sa veine d'écriture, cette réalité, lui ôtant un à un tous les mots de ses doigts devenus vains. Il ne lui resta en définitive plus rien, que la solitude de sa pensée impuissante à formuler l'indicible... Irrémédiablement perdu, il était condamné à en contempler la fin. A moins que... Quoi ? | |||
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L'écrivain qui assistait à la fin du monde Imagine, notre auteur avait envie d'écrire un truc véritable, comme tout véritable auteur. Il n'était pas le genre d'auteur à écrire pour se la raconter, ni à faire l'acteur, ou encore le promoteur, il était le genre d'auteur en chantier aimant les mots et les livres pour de vrai, pour de bon. C'était un écrivain. Forcément, il voulait tenter d'écrire une histoire qui fasse rêver, avec des personnages hauts en couleur, des situations originales, il avait envie d'imaginer une histoire ancrée dans la vie de tous les jours. Sinon, le lecteur n'accrocherait pas, il s'ennuierait. Celui-ci a toujours envie, et même besoin, de lire une histoire qui le touche, l'émeuve, le fasse rire et pleurer, le remue, l'ébranle, le transporte et le fasse voyager, donc correspondant à son vécu, le renvoyant à sa propre vie (comme un miroir déformant, intelligent), lui ouvrant des portes, lui donnant à capter quelque chose du monde tel qu'il est, transposé. Sinon, le malheureux lecteur referme le bouquin et se dit : "Bon sang, c'est chiant de lire !" Il a toujours raison : la lecture c'est du plaisir et du bonheur, non de l'ennui. Mais voilà, l'écrivain en question se trouvait face à un problème insoluble, ayant fait ce constat : les liens entre les gens sont dissous et les gens sont brisés, de l'intérieur. Il essaya tout de même de se lancer, mais tout ce qu'il écrivait se brisait au bout de la première page, tout ce qu'il inventait s'effritait, ou devenait abscons. Ou ne parlait que d'un bout, d'un petit morceau de l'ensemble. Or qu'est-ce qu'un livre qui n'est pas entier ? Le langage avait perdu son sens et sa cohésion, et ainsi son utilité, ne parvenant plus à décrire de manière claire et intelligible le monde en devenir, en train de se détruire... Alors, l'écrivain aux feuilles blanches et raturées tournait en rond, indéfiniment, broyant du noir. Il espéra un temps la divine inspiration, celle-ci viendrait transcender l'écriture de son livre monde, apposer une touche de magie sensible, sublimer le conte. Cependant, lucide, il savait cette attente impossible, l'inspiration naissant des rêves, tandis que le monde devenait un cauchemar où les voiles découvraient partout les horreurs de manière globale... La hantise de l'écrivain prenait forme sous les feux : l'horreur omniprésente, plus de place pour la respiration de l'écriture où la langue, asphyxiée, s'étouffait. Et la poésie, dis-tu ? Paix ait son âme... Seule une novlangue permettait encore de communiquer, une langue de mensonge, mais plus de place pour une langue d'écrture. Dans un ultime sursaut, le tenace écrivain se lança dans la rédaction d'un polar. Las, il n'eut pas la force de le poursuivre. Il voyait la réalité de son histoire en train de se produire sous ses yeux, jusque dans son quotidien le plus intime. Elle suçait sa veine d'écriture, cette réalité, lui ôtant un à un tous les mots de ses doigts devenus vains. Il ne lui resta en définitive plus rien, que la solitude de sa pensée impuissante à formuler l'indicible... Irrémédiablement perdu, il était condamné à en contempler la fin. A moins que... Quoi ? Tu cherches encore. | |||
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