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| Auteur : | Sujet: Féerie et lutin mutin | Bas |
| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
À EloÏse et aux esprits follets. L’histoire s’est déroulée dans le bois de Saint-Cloud. Je vais la rapporter le mieux possible, sachant que je ne pourrais pas la chanter à la manière par exemple d’un elfe accompagné de son instrument magique. Un jour, je m'aventurai dans le bois de Saint-Cloud. C’était l’hiver, au mois de décembre, la nuit tombe tôt à cette période. Tandis que je marchais, un peu pour oublier les études, les tracas et les remords, j’arrivai à l’orée d’un bois. Il était aux alentours de seize heures, peut-être, soit une bonne heure devant moi, au moins. Bah ! J’avais bien le temps ! Plein d’énergie et de curiosité singulière, je décidai d’y aller. Intrépide, je sortis des sentiers battus, m’écartant dès que j’apercevais le bout d’une route. Je voulais un vrai bois, un bois véritable, avec tout plein d’arbres autour, un bois comme dans les contes. J’avançais maintenant avec plus de liberté, tranquillement, faisant mon chemin à travers les branches. Je me mis à fredonner des morceaux de chansonnettes, puis simplement à siffloter. Les arbres s’ouvrirent en grand, comme pour mieux m’accueillir, les arbres s’élargirent et je m’enfonçai alors tout à fait insouciant. Il faisait frais, je soufflais des nuages tout en respirant, je crapahutais, je posais la main sur un arbre pour me reposer un peu, je repartais de plus belle, ivre d’être ainsi détaché de toute habitude. J’étais bien, super bien, tous ces moments, avec le parfum de la nature, ses petits bruits et ces silences calmes en même temps. Calme en même temps… Tout à coup, une légère impression, un petit peu trop calme ce bois, un petit trop seul moi. Une très légère impression, un léger pressentiment, un tout petit rien, mais qui commence à grandir, à se muer tout doucement en une légère inquiétude, puis à prendre différentes formes, plusieurs couleurs, quelque chose de dense, d’obscur : il fait nuit. Il fait nuit ! Où suis-je ? Aie, aie aie. Je me mets à raisonner, à chercher, à tâtonner. Oh lô lô… Zut. Mince ! Il y a bien un chemin quand même ! C’est pas possible ! Oh ! Non ! Attends attends... Non, c’est pas par là ? Ni par là ? Mais où vers où suis-je arrivé ? Je me mets à chercher, à fouiller, à revenir sur mes pas, à hésiter, à trébucher, à retrouver un peu d’espoir, à m’inquiéter à nouveau et marche, marche tout droit ! Le plus possible, oubliant derechef et repartant vers un autre endroit… Je suis bel et bien perdu. Complètement paumé, au milieu d’un bois, un bois comme dans un conte. Je suis au milieu d’un bois immense, qui tout à l’heure m’était si familier, où je gambadais tel un écureuil joyeux, tandis que maintenant tout est si sombre et si sauvage, maintenant je suis seul et effrayé au milieu d’un monde inconnu et hostile, dans une jungle, avec des arbres qui semblent se resserrer tandis que je me rapetisse, se resserrer démesurément surmoi, je ne serai bientôt plus rien. Plus rien ! Disparu parmi les hêtres et les peupliers. En désespoir de cause, je me mets à pleurer sur mon sort. Je pleure à chaudes larmes, perdu, oubliant tout, mon nom, mon prénom, les petits riens s’éteignent. Alors que mes yeux sanglotent je regarde entre les ombres floues deux frêles silhouettes d’arbres naissants, tout doucement naît à ma vue une faible lueur au loin. Elle met un temps infini avant de venir se poser dans mon esprit. Il y a bien là-bas une lueur… J’essuie mes larmes et, encore reniflant, je me mets à mieux observer le faible halo de lumière. Ayant réalisé qu’il devait s’agir d’un lampadaire, je m’apprête à me lever pour m’en approcher. Mais, chose étrange, elle aussi semble se rapprocher. Peut-être était-ce une personne avec une lampe ? Mais non, puisqu’elle se trouve bien à deux mètres du sol. Puis vient à mon oreille une légère musique, comme une caresse, comme les tintements de petits cylindres de cuivre, mélodique. Une musique vive et tranquille m’hypnotise avec les sons magiques et par le halo qui danse à quelques mètres de moi, qui danse en cercles harmonieux et fantaisistes, en ballet étrange et envoûtant. Mes jambes cotonneuses se lèvent alors, tout mon corps étourdi se meut. Continuant ses signes dans l’air, la lumière m’invite à la suivre. Mais ce n’était pas une simple lumière. A l’intérieur, on semble aussi s’agiter, il y avait bien deux ailes. Je me dis un moment, la volonté pourtant annihilée : « Peut-être est-ce un oiseau luisant ? » En tous les cas, je pars, suivant la lumière, puisqu’elle s’en va. Je marche ainsi je ne sais dire combien de temps ni combien de distance. Nous faisons des virages, nous tournions, nous avancions dans de larges détours, des lacets sans fin. Mais je ne sens pas mes jambes ni, à peine, le froid. Je me sens délicieusement engourdi, pourtant je me faufile avec agilité entre les arbres, évitant telle branche, franchissant tel obstacle. Il y a de gros cailloux par endroit et, toujours sans quitter le halo des yeux, mes pieds les franchissent lestement, sans se fouler, le pas assuré, ferme et flottant. Ainsi nous arrivons à l’orée du bois. La lueur scintillante dessine quelques rondes mystérieuses puis, venant à moi, tourne trois tours au-dessus. Je vois assez nettement une jolie et splendide femme, ainsi que deux ailes translucides produisant l’envoûtante musique. La minuscule fée et son aura de lumière semblent s’amuser et rire, un rire cristallin qui donnait envie de s’amuser à son tour, qui me fait chaud et me rend tout chose, un sourire béat jusqu’aux oreilles. Elle fait à nouveau trois tours, puis s’en retourne. Il me semble qu’elle me cligne de l’œil. Elle me fait un baiser de la main, d’où s’échappent des bulles rouges, elles finissent par s’évanouir. Puis elle s’évapore, entrelaçant les arbres, et la petite musique, la lumière disparaît pour de bon dans le bois. Je suis comme au beau milieu d’un songe, inquiet dans le froid, avec les bruits du bois. Il me reste une trentaine de mètres à parcourir avant de sortir des arbres, je me dirige vers la sortie encore légèrement somnambule. Je passe un gros arbre quand quelque chose attire mon attention. Ça se passe sur la gauche, un peu plus loin en retrait, il y a une nouvelle lumière, mais celle-ci est plus familière. Ma curiosité me pousse vers le petit feu. Tandis que j’avance, se dessine une petite silhouette toute bleue. Elle se chauffe les mains, c’est vrai qu’il ne fait pas bien chaud. Il y a cependant un truc dans le personnage qui m’intrigue et que je trouve curieux, sans que je ne puisse le définir. Arrivé à quelques mètres, je comprends que c’est sa taille, à peine le tiers d’un bonhomme. Tout près, je suis encore plus dérouté. Il a une tête, heu. Bon, déjà c’est un adulte avec une barbiche en broussaille. Il est tout vêtu de bleu des pieds à la tête, il porte un grand bonnet. Ses oreilles sont en chou-fleur, taillées en pointe. Ses traits sont fins, sa peau gris beige semble briller comme de la cire. Quand il me voit, il se fend en larges sourires, ses yeux noirs pétillent. « S'luT ! », fait-il d’une voix criarde. L’ensemble donne une sensation tellement cocasse et saugrenue que me prend une envie de fou rire, qu’heureusement je réussis à contenir. « Tu veux t’asseoir du près feu, vas-y gêne te pas surtout, t’es chez toi, je sais pas qui t’es toi, je suis chez toi, non, chez moi, vas-y toi assis toi si tu veux près du feu chauffe-toi toi. Je m’appelle Fartin le lutin toi t'es ? » Voici comment débute ma rencontre avec le lutin des bois, qui parle à toute vitesse. Il enchaîne les phrases, disant leur contraire, puis les reprend à l’envers, tout est pourtant merveilleusement compréhensible. Nous devenons plus intimes, à la chaleur du foyer. Soudain, voilà qu’il change de ton. Sa voix, toujours légèrement nasillarde, se fait plus grave, et il se met à me dire des choses surprenantes. Il m’explique que les lutins des bois autrefois apparaissaient plus souvent, qu’ils étaient nombreux, mais qu’ils ont aujourd’hui tendance à disparaître. Ils ne peuvent que vivre cachés et comme les bois et les forêts ont tendance à être décimées, ils trouvent de moins en moins de refuge. Fartin m’apprend qu’il reçoit de temps en temps, par je ne sais quel mystérieux processus de communication, des nouvelles d’autres lutins, et même des lutins d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Là-bas, les lutins se sont associés aux humains, qu’ils aident dans la lutte, pour la survie des légendes. Il m’explique que les lutins, depuis toujours, ont des liens avec les humains, mais qu’ils n’apparaissent qu’aux personnes qui les écoutent et qui n’ont pas de mauvaises intentions. Un sens particulier les prévient lorsque des personnes hostiles, qui ne rêvent pas, s’approchent. Dans ce cas, ils se tapissent et possèdent mille et un tours pour passer inaperçus. Fartin me raconte aussi que les humains ont des aïeux lutins, tous, et que quelques fois, les humains écoutent ou sentent leur côté lutin resurgir. Il s’arrête un long moment et m’observe des pieds à la tête, comme s’il me regardait pour la première fois. Un rire espiègle le prend qui me gagne aussi. Il se plie à présent en deux, riant à chaudes larmes. Je rie moi-même, sans trop savoir pourquoi. Et tandis que nous nous secouons de rires, il pointe son index vers moi, et il me dit, entre rires et paroles : « Toi aussi m’as-tu l’air d’un fameux lutin ! » Ça me fait plaisir. Je lui raconte mon aventure dans le bois, ma rencontre avec la petite fée. « Oh ! », s’exclame-t-il quand j’en eu fini, « Bien eu toi de la chance a eu de voir la gentille Liifète, sans ça, sans ça, nom d’un lutin champêtre, brrr, brrr, attention les humains, vous savez, brrr, brrr ». Je lui demande de préciser ses paroles ? Il me conte l’histoire de la bête. J’en frissonne encore. Des humains se perdent quelques fois dans le bois, la nuit, en décembre, et il leur arrive de ne pas rencontrer Lifète. L’homme, me dit-il, est alors perdu pour de bon s’il ne trouve pas le côté enchanté en lui-même. Certains hommes ne le connaissent pas et, quand ils repartent et le jour se levant, ils sont devenus mauvais pour de bon ! « Pas grand-chose y peut faire pour ces hommes, y zont perdu tout, ach ! adja dommage mais comme ça c'est, comme son tan pis, qu’est-ce que toi t’y peux toi, on peut rien n'y, comme ça c’est dommage pis» . Il y a beaucoup de ces humains au grand bateau de Saint-Cloud. Voilà comment ça se passe. L’homme qui s’aventure et qui se perd au fond du bois est désespéré. Se présente à lui son côté enchanté, s’il veut le voir et l’écouter, il est sauvé. Se présente à lui un autre côté, tout sombre, et s’il baisse les yeux sur lui, il prend le mal et l’emporte quand il repart. Il se transforme pendant la nuit, voilà comment. Perdu, à l’abandon, il se livre à l’obscurité. La rage mauvaise l’envahit et une décharge violente le secoue de spasmes. Ses yeux s’assombrissent puis, d’un coup, éclatent en éclairs fous, tandis que leur esprit s’embraser dans un nuage fumeux. L’homme transformé en bête alors halète, son visage s’incurve prenant une apparence difforme, des grimaces gonflent des parties ténébreuses, il arrive quelquefois qu’il perde un œil entier. « Oui », dit-il, maintenant grave et triste, « les humains qui aimé la bête ont se mêlent aux autres humains suite en, cherchant à contaminer les, à disséminer la jo la oh haine lala». C’était tout simplement terrifiant. Nous restâmes ainsi, à soupirer et frissonner devant le feu. « Fartin, j’ai eu de la chance, hein ? » « Pas seulement toi a bol eu pot pote ! », s’exclama-t-il fort, « crois-tu toi t’as cru aux bonshommes des bois et tout le bois croit en toi, crois-tu, c’est bien c’est ça… L’esprit follet mon lutin, le petit coquin il est là il est là tralala !» Il me regarda à nouveau avec son air tellement malicieux que je retrouvai toutes mes couleurs. Le feu commençait à diminuer, nous voyions pourtant tout aussi clair. Le lutin me dit qu’il allait disparaître, le jour se levant. « Adieu mon lutin », fit-il plein de son sourire. De même, je m’éclairai : « Merci Fartin. Tu feras un grand bisou à Lifète si tu la vois,et tu lui diras qu’elle est très jolie ! » Puis je m’en retournai vers la ville, au petit matin, sifflotant le nouvel esprit follet habitant mon corps humain. | |||
| http://petissillon.hautetfort.com/ http://poemesenfleche.canalblog.com/ |
| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
À Eloïse et aux esprits follets. L’histoire s’est déroulée dans le bois de Saint-Cloud. Je vais la rapporter le mieux possible, sachant que je ne pourrais pas la chanter à la manière par exemple d’un elfe accompagné de son instrument magique. Un jour, je m'aventurai dans le bois de Saint-Cloud. C’était l’hiver, au mois de décembre, la nuit tombe tôt en cette période. Tandis que je marchais, un peu pour oublier les études, les tracas et les remords, j’arrivai à l’orée d’un bois. Il était aux alentours de seize heures, peut-être, soit une bonne heure devant moi, au moins. Bah ! J’avais bien le temps ! Plein d’énergie et de curiosité singulière, je décidai d’y aller. Intrépide, je sortis des sentiers battus, m’écartant dès que j’apercevais le bout d’une route. Je voulais un vrai bois, un bois véritable, avec tout plein d’arbres autour, un bois comme dans les contes. J’avançais maintenant avec plus de liberté, tranquillement, faisant mon chemin à travers les branches. Je me mis à fredonner des morceaux de chansonnettes, puis simplement à siffloter. Les arbres s’ouvrirent en grand, comme pour mieux m’accueillir, les arbres s’élargirent et je m’enfonçai alors tout à fait insouciant. Il faisait frais, je soufflais des nuages tout en respirant, je crapahutais, je posais la main sur un arbre pour me reposer un peu, je repartais de plus belle, ivre d’être ainsi détaché de toute habitude. J’étais bien, super bien, tous ces moments, avec le parfum de la nature, ses petits bruits et ces silences calmes en même temps. Calmes en même temps... Tout à coup, une légère impression, un petit peu trop calme ce bois, un petit trop seul moi. Une très légère impression, un léger pressentiment, un tout petit rien, mais qui commence à grandir, à se muer tout doucement en une légère inquiétude, puis à prendre différentes formes, plusieurs couleurs, quelque chose de dense, d’obscur : il fait nuit. Il fait nuit ! Où suis-je ? Aie, aie aie. Je me mets à raisonner, à chercher, à tâtonner. Oh lô lô… Zut. Mince ! Il y a bien un chemin quand même ! C’est pas possible ! Oh ! Non ! Attends attends... Non, c’est pas par là ? Ni par là ? Mais vers où vers suis-je arrivé ? Je me mets à chercher, à fouiller, à revenir sur mes pas, à hésiter, à trébucher, à retrouver un peu d’espoir, à m’inquiéter à nouveau et marche, marche tout droit ! Le plus possible, oubliant derechef et repartant vers un autre endroit... Je suis bel et bien perdu. Complètement paumé, au milieu d’un bois, un bois comme dans un conte. Je suis au milieu d’un bois immense, qui tout à l’heure m’était si familier, où je gambadais tel un écureuil joyeux, tandis que maintenant tout est si sombre, si sauvage, maintenant je suis seul, effrayé au milieu de ce monde inconnu et opaque, hostile, dans une jungle, avec ces arbres qui semblent se resserrer tandis que je me rapetisse, se resserrer démesurément sur moi, je ne serai bientôt plus rien. Plus rien ! Disparu parmi les hêtres et les peupliers. En désespoir de cause, je me mets à pleurer sur mon sort. Je pleure à chaudes larmes, perdu, oubliant tout, mon nom, mon prénom, tout jusqu'aux petits riens qui nous caractérisent s’éteint. Alors que mes yeux sanglotent je regarde entre les ombres floues deux frêles silhouettes d’arbres naissants, tout doucement naît à ma vue une faible lueur au loin. Elle met un temps infini avant de venir se poser dans mon esprit. Il y a bel et bien là-bas une lueur… J’essuie mes larmes et, encore tout reniflant, je me mets à mieux observer le faible halo de lumière. Ayant réalisé qu’il devait s’agir d’un lampadaire, je m’apprête à me lever pour m’en approcher. Mais, chose étrange, elle aussi semble se rapprocher. Peut-être est-ce une personne munie d'une lampe ? Mais non, puisqu’elle se trouve bien à deux mètres du sol. Puis à mon oreille sonne une petite musique, telle une caresse, légère, comme des tintements de petits cylindres de cuivre, mélodique. Une musique vive et tranquille m’hypnotise avec ses sons magiques tintinabulants et le halo mystérieux danse à quelques mètres de moi, danse en cercles harmonieux et fantaisistes, tel un ballet étrange, envoûtant. Mes jambes cotonneuses se lèvent alors, tout mon corps étourdi se meut. Continuant ses signes dans l’air, la lumière m’invite à la suivre. Mais ce n’est pas une simple lumière. A l’intérieur, on semble s’agiter, il y a deux ailes. Je me dis un moment, la volonté pourtant annihilée : « Peut-être est-ce un oiseau luisant ? » En tous les cas, je pars, suivant la lumière, puisqu’elle s’en va. Je marche ainsi je ne sais dire combien de temps ni combien de distance. Nous faisons des virages, nous tournons, nous avançons faisant de larges détours, des lacets sans fin. Mais je ne sens pas mes jambes ni, à peine, le froid. Je me sens délicieusement engourdi, pourtant je me faufile avec agilité entre les arbres, évitant telle branche, franchissant tel obstacle. Il y a de gros cailloux par endroit et, toujours sans quitter le halo des yeux, mes pieds les franchissent lestement, sans se fouler, le pas assuré, ferme et flottant. Ainsi nous arrivons à l’orée du bois. La lueur scintillante dessine quelques rondes mystérieuses puis, venant à moi, tourne trois tours au-dessus de ma tête. Je vois une jolie et splendide toute petite femme, ainsi que ses deux ailes translucides produisant l’envoûtante musique. La minuscule fée dans son aura de lumière semble s’amuser et rire, un rire cristallin qui donne envie de s’amuser à son tour, qui me fait chaud et me rend tout chose, un sourire béat jusqu’aux oreilles. Elle fait à nouveau trois tours, puis s’en retourne. Il me semble qu’elle me cligne de l’œil. Elle me fait un baiser de la main, d’où s’échappent des bulles rouges qui finissent par s’évaporer. Puis elle s’évanouhit, entrelaçant les arbres, et la jolie lumière à la musique enchantante disparaît pour de bon dans le bois. Je suis comme au beau milieu d’un songe, inquiet dans le froid, avec les bruits du bois. Il me reste une trentaine de mètres à parcourir avant de sortir des arbres, je me dirige vers la sortie encore légèrement somnambule. Je passe un gros arbre quand quelque chose attire mon attention. Ça se passe sur la gauche, un peu plus loin en retrait, il y a une nouvelle lumière, mais celle-ci est plus familière. Ma curiosité me pousse vers le petit feu. Tandis que j’avance, se dessine une petite silhouette toute bleue. Elle se chauffe les mains, c’est vrai qu’il ne fait pas bien chaud. Il y a cependant un truc dans le personnage qui m’intrigue et que je trouve curieux, sans que je ne puisse le définir. Arrivé à quelques mètres, je comprends que c’est sa taille, à peine le tiers d’un bonhomme. Tout près, je suis encore plus dérouté. Il a une tête, heu. Bon, déjà c’est un adulte avec une barbiche en broussaille. Il est tout vêtu de bleu des pieds à la tête, il porte un grand bonnet. Ses oreilles sont en chou-fleur, taillées en pointe. Ses traits sont fins, sa peau gris beige semble briller comme de la cire. Quand il me voit, il se fend en larges sourires, ses yeux noirs pétillent. « S'luT ! », fait-il d’une voix criarde. L’ensemble donne une sensation tellement cocasse et saugrenue que me prend une envie de fou rire, qu’heureusement je réussis à contenir. « Tu veux t’asseoir du près feu, vas-y gêne te pas surtout, t’es chez toi, je sais pas qui t’es toi, je suis chez toi, non, chez moi, vas-y toi assis toi si tu veux près du feu chauffe-toi toi. Je m’appelle Fartin le lutin toi t'es ? » Voici comment débute ma rencontre avec le lutin des bois, qui parle à toute vitesse. Il enchaîne les phrases, disant leur contraire, puis les reprend à l’envers, tout est pourtant merveilleusement compréhensible. Nous devenons plus intimes, à la chaleur du foyer. Soudain, voilà qu’il change de ton. Sa voix, toujours légèrement nasillarde, se fait plus grave, et il se met à me dire des choses surprenantes. Il m’explique que les lutins des bois autrefois apparaissaient plus souvent, qu’ils étaient nombreux, mais qu’ils ont aujourd’hui tendance à disparaître. Ils ne peuvent que vivre cachés et comme les bois et les forêts ont tendance à être décimées, ils trouvent de moins en moins de refuge. Fartin m’apprend qu’il reçoit de temps en temps, par je ne sais quel mystérieux processus de communication, des nouvelles d’autres lutins, et même des lutins d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Là-bas, les lutins se sont associés aux humains, qu’ils aident dans la lutte, pour la survie des légendes. Il m’explique que les lutins, depuis toujours, ont des liens avec les humains, mais qu’ils n’apparaissent qu’aux personnes qui les écoutent et qui n’ont pas de mauvaises intentions. Un sens particulier les prévient lorsque des personnes hostiles, qui ne rêvent pas, s’approchent. Dans ce cas, ils se tapissent et possèdent mille et un tours pour passer inaperçus. Fartin me raconte aussi que les humains ont des aïeux lutins, tous, et que quelques fois, les humains écoutent ou sentent leur côté lutin resurgir. Il s’arrête un long moment et m’observe des pieds à la tête, comme s’il me regardait pour la première fois. Un rire espiègle le prend qui me gagne aussi. Il se plie à présent en deux, riant à chaudes larmes. Je rie moi-même, sans trop savoir pourquoi. Et tandis que nous nous secouons de rires, il pointe son index vers moi, et il me dit, entre rires et paroles : « Toi aussi m’as-tu l’air d’un fameux lutin ! » Ça me fait plaisir. Je lui raconte mon aventure dans le bois, ma rencontre avec la petite fée. « Oh ! », s’exclame-t-il quand j’en eu fini, « Bien eu toi de la chance a eu de voir la gentille Liifète, sans ça, sans ça, nom d’un lutin champêtre, brrr, brrr, attention les humains, vous savez, brrr, brrr ». Je lui demande de préciser ses paroles ? Il me conte l’histoire de la bête. J’en frissonne encore. Des humains se perdent quelques fois dans le bois, la nuit, en décembre, et il leur arrive de ne pas rencontrer Lifète. L’homme, me dit-il, est alors perdu pour de bon s’il ne trouve pas le côté enchanté en lui-même. Certains hommes ne le connaissent pas et, quand ils repartent et le jour se levant, ils sont devenus mauvais pour de bon ! « Pas grand-chose y peut faire pour ces hommes, y zont perdu tout, ach ! adja dommage mais comme ça c'est, comme son tan pis, qu’est-ce que toi t’y peux toi, on peut rien n'y, comme ça c’est dommage pis» . Il y a beaucoup de ces humains au grand bateau de Saint-Cloud. Voilà comment ça se passe. L’homme qui s’aventure et qui se perd au fond du bois est désespéré. Se présente à lui son côté enchanté, s’il veut le voir et l’écouter, il est sauvé. Se présente à lui un autre côté, tout sombre, et s’il baisse les yeux sur lui, il prend le mal et l’emporte quand il repart. Il se transforme pendant la nuit, voilà comment. Perdu, à l’abandon, il se livre à l’obscurité. La rage mauvaise l’envahit et une décharge violente le secoue de spasmes. Ses yeux s’assombrissent puis, d’un coup, éclatent en éclairs fous, tandis que leur esprit s’embraser dans un nuage fumeux. L’homme transformé en bête alors halète, son visage s’incurve prenant une apparence difforme, des grimaces gonflent des parties ténébreuses, il arrive quelquefois qu’il perde un œil entier. « Oui », dit-il, maintenant grave et triste, « les humains qui aimé la bête ont se mêlent aux autres humains suite en, cherchant à contaminer les, à disséminer la jo la oh haine lala». C’était tout simplement terrifiant. Nous restâmes ainsi, à soupirer et frissonner devant le feu. « Fartin, j’ai eu de la chance, hein ? » « Pas seulement toi a bol eu pot pote ! », s’exclama-t-il fort, « crois-tu toi t’as cru aux bonshommes des bois et tout le bois croit en toi, crois-tu, c’est bien c’est ça… L’esprit follet mon lutin, le petit coquin il est là il est là tralala !» Il me regarda à nouveau avec son air tellement malicieux que je retrouvai toutes mes couleurs. Le feu commençait à diminuer, nous voyions pourtant tout aussi clair. Le lutin me dit qu’il allait disparaître, le jour se levant. « Adieu mon lutin », fit-il plein de son sourire. De même, je m’éclairai : « Merci Fartin. Tu feras un grand bisou à Lifète si tu la vois,et tu lui diras qu’elle est très jolie ! » Puis je m’en retournai vers la ville, au petit matin, sifflotant le nouvel esprit follet habitant mon corps humain. | |||
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| Louz Administrateur Messages postés : 1120 |
"IL me semble, Kel, que tu pourrais donner plus de force à ce conte en demeurant moins précis pour ce qui est, ensuite, de la transformation de l'humain en bête. (Descrïption réussie en elle-même, mais devenue trop "classique"). Pour l'ensemble, garde -ou ajoute- plus de mystère, de poésie, pour chacun des moments de ton conte. Abrèger l'ensemble en mêlant, encore plus intimement le sourire, le mystère, l'inquiétant, servirait aussi le texte." Merci vraiment pour ton commentaire, Lilas. Très utile ! "Ceci dit, toi seul sait où tu veux aller ! " Ahlala, des fois je sais plus du tout, t'imagines même pas | |||
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