FORUM, Forum Discussion, Forum Gratuit, Nom de domaine, Nom de domaine gratuit, Redirection gratuite,

Forum Revue Francopolis Administrateurs :Francopolis, Louz
Forum Revue Francopolis
Non connecté | Se connecter
en ligne : Il y a 8 connectés. Cliquez pour voir la liste
Inscription Inscription | Profil Profil | Messages Privés Messages Privés | Recherche Recherche | Online Online | Aide Aide | Créer un blog gratuit

forum Index du forum forumLe coin du roman et des nouvelles forumElle l'attendait demain à Samarkand....

Auteur : Sujet: Elle l'attendait demain à Samarkand....  Bas
 zinho
 Messages postés : 104
 demain il fera beau
  Posté le 24/02/2007 20:04:11
Send a private message to zinho
Elle l'attendait demain à Samarkand....

Les contes de notre enfance ont su ouvrir des contrées assez vastes pour que nos âmes s’y déploient en vol majestueux.
Le conte est un temps suspendu, un temps dans le temps, une brèche dans le réel, un spasme, un instant de vertige juste avant l’envol.
Bon nombre d’histoires se racontent le jour, mais il faut avouer que la clarté solaire nous éblouit jusqu’à nous rendre aveugle ou sourd aux voix murmurantes qui nous habitent.
Car n’en doutons pas nous sommes habités et nos ténèbres intérieures loin d’être pur néant sont peuplées de formes, d’ombres et de mémoires vivantes.
Pour ne point les effaroucher les mots prononcés ont besoin de la nuit…..
Dans la pénombre la voix prend naturellement cette sorte d’inflexion, faite de lenteur, de profondeur, comme si les sons allaient se perdre au bord d’un gouffre.
Dans la clarté du jour les mots ricochent sur la lumière, ils rebondissent comme l’eau d’un ruisseau.
De nuit, la parole résonne jusqu’à nos plus secrètes réminiscences, c’est une eau lente, lourde, mystérieuse…..

Les contes ont besoin de la nuit, notre regard peut se tourner alors vers l’intérieur.
La nuit est le lieu de toutes les métaphores, plus rien n’est vraiment visible.
On sent sourdre en soi une sorte d’appel impérieux qui nous exige à l’abandon, nous prépare au départ et à l’oubli de soi.
Par instinct on sait qu’il nous faudra tout accepter, sans exclusive, car à la moindre résistance tout pourrait s’effondrer, s’effriter, se dissiper et la magie disparaître…..
La nuit, les mots prononcés ont une étrange musique qui nous entraîne avec elle vers des univers changeants au gré d'une humeur, d'une sensation, parfois d'un trouble ou d'un frisson.
Le jour, nous savons tous que les mots sont fragiles, capricieux, espiègles,
Ils tournent autour de nous comme une volée de moineaux et s’envolent au moindre émoi ou alarme du cœur,
Alors qu’aux abords de la nuit lorsque les formes s’estompent pour n’être plus que des ombres quelque chose en nous se fascine, s’inquiète et se met à exister.
Une chose qui n’est plus vraie, plus réelle mais qui  nous semble plus essentielle que la vie même…
La rêverie….

La rêverie n’est pas un débordement de l’imagination, mais avant tout la forme douce de l’espérance,
Comme un bouquet de fleurs que l’on porterait à la boutonnière du cœur,
Elle n’est pas l’illusion puisqu’elle exprime notre vérité la plus intime….

Or donc….
…Cela se passait dans un pays lointain, dans des temps très anciens presque incertains au cœur de l’Orient de nos rêves, tout près de Samarkand, cité éternelle et fugace, splendeur légèrement voilée comme le visage de ces femmes qui traverse la lumière…
Ombres fugitives, drapées dans le silence de l’Islam, un silence rythmé par les plaintes déchirées des muezzins, grands pourvoyeurs d’âmes….
Islam suave et cruel, saturé de chair à force de retenue…
Terre d’Islam qui appelle en nous une rêverie lointaine, archaïque chargée de mystères où la sérénité peut à tout moment se briser tel un cristal trop fragile…
Terre d’Islam, lumière d’ailleurs, source vive de la mémoire où jamais rien n’est acquis hormis la fatalité….
La fatalité, Samarkand la condensait toute entière.
Ville de mystère, ville symphonique fracassée de bruits, de couleurs, d’odeurs épicées, ville où des foules se pressent dans toutes les directions à la fois à travers des labyrinthes de boutiques enchevêtrées.
Foule énigmatique, cortège envoûté par les vents chauds du désert…. Ombres… lumière… Orient immémorial….
Samarkand, chacun se souvient de cette fameuse histoire que l’on chantait des rives de la Méditerranée aux contreforts de l’Himalaya et jusque dans la grande plaine du Gange….

Or donc…
…. Un soir, tout près de Samarkand, alors que le soleil rougeoyant commençait à disparaître derrière les remparts de la ville,
Alors que dans la magnificence des couleurs changeantes la chaleur se dissipait, le fils du calife rencontra la Mort.
Vêtue d’une longue guenille noire, poussiéreuse qui ne laissait entrevoir que deux larges trous sombres à la place des yeux elle sursauta de surprise en apercevant le jeune homme.
Mais elle ne lui dit rien. Elle courba un peu plus son dos décharné, puis passa son chemin, d’un pas égal, lent, presque flottant.
Le jeune prince, affolé par cette étrange apparition courut voir son père et d’une voix haletante, chargée d’effroi, saccadée de sanglots étouffés raconta sa terrible rencontre…
Espérant encore qu’elle fut le fruit d’images incongrues produites par un génie facétieux.
Le calife était un homme âgé, on le disait sage et bon, pourtant en écoutant le récit de son enfant tout son corps fut traversé par un immense frisson.  
" Quitte la ville…. ! Il te faut partir sur le champ…. ! Va à Samarkand…. ! Tu t’y cacheras… Si tu pars tout de suite tu pourras te trouver à Samarkand au petit jour. "
Le fils du calife ne prit pas le temps de faire ses bagages. Il courut aux écuries, fit seller l’étalon le plus rapide qui se nommait Vent des Dunes et parti au grand galop en direction de Samarkand.
Il faisait nuit et les étoiles semblaient brûler les cieux noirs. Le fils du calife galopait. Galopait.
Le calife quelque peu rassuré mais encore très inquiet décida de vérifier si la rencontre que son fils avait faite était bien celle qu’il craignait.
Dans ces contrées du passé, chacun savait ce que cela signifiait que de rencontrer la Mort , un soir, au détour d’un chemin.
Alors il arpenta toutes les rues de sa belle ville, explora chaque recoin, chaque ruelle, passa et repassa devant chaque étal de commerçant.
Enfin il aperçu l’ombre noire. La grande silhouette noire.
" Pourquoi t’es-tu présenté à mon fils ? Pourquoi l’as-tu ainsi effrayé ?
--Je ne voulais pas l’effrayer, au contraire, j’étais très surpris de le voir ici ce soir… "

Sa voix semblait venir de la profondeur de la nuit, une voix caverneuse, métallique, chargée d’étranges résonances
" ….. J’étais très surpris de le voir ici ce soir, car je l’attendais demain à Samarkand. "

Je ne peux attendre demain
Prenez mes mains
Ce soir
Pour ecrire votre histoire

forum Index du forum forumLe coin du roman et des nouvelles forumElle l'attendait demain à Samarkand....
Haut
Aller à :
  Ajouter une réponse rapide

Ajouter une réponse rapide