Philippe de Neuville Messages postés : 726 "La critique est aisée, et l'art est difficile."  |
Posté le 06/09/2009 12:47:44 | | A HEC Montréal, où on offre depuis longtemps le programme de MBA en anglais et, depuis 2005, un programme de formation en affaires trilingue (anglais, français, espagnol), enseigner l'anglais aide à mieux positionner son école dans le milieu des affaires à l'échelle mondiale. «On croit que ça donne un avantage aux étudiants qui nous fréquentent», a indiqué Kathleen Grant, directrice et responsable du recrutement à HEC.
Il y a aussi un peu de cette notion d'accommodement raisonnable. «Par exemple, pour un étudiant australien qui vient trois mois ici, lui demander d'apprendre le français serait trop difficile», note Mme Grant. N'offrir que des cours en français sert bien la population locale, reconnaît-elle. «Mais ça n'offre pas au monde entier cette expérience de venir au Québec et ça ne permet pas à nos jeunes d'ici de côtoyer ces gens-là, qui viennent de partout dans le monde», a-t-elle soutenu. «On fait le pari de multiplier les moyens pour qu'ils obtiennent la meilleure formation possible. Et la réponse de nos étudiants, qu'ils soient du Québec ou d'ailleurs, et des employeurs nous dit que c'est dans ce sens-là qu'il faut aller. Je ne pense pas que ça diminue la qualité du français», a-t-elle ajouté.
Le mandat
Pour Jean-Paul Perreault, président d'Impératif français, le «message» que les établissements d'enseignement québécois envoient doit être tout aussi important que la qualité de la langue. «En offrant des cours de spécialisation en anglais, on va nécessairement dire à l'étranger qui vient étudier ici, dans nos universités de langue française, que le Québec s'américanise et s'anglicise. On nourrit la confusion identitaire», a-t-il noté.
M. Perreault voit une déviation du mandat initial de l'UQAM à sa fondation en 1969, qui était de contribuer, en tant qu'établissement de haut savoir de langue française, au renforcement de la différence québécoise en Amérique du Nord et d'assurer une participation très forte au sein de la francophonie. «Mais j'entends plutôt que nos diplômés vont travailler pour s'assurer que l'anglais va demeurer la langue internationale des affaires», a-t-il dit en déplorant qu'on ne célèbre pas davantage la diversité culturelle. «C'est un témoignage d'abandon.»
En 2001, la Commission des états généraux sur la langue française se préoccupait de la place grandissante de l'anglais comme langue d'usage et d'enseignement. Si on y tolérait l'anglais à la maîtrise ou au doctorat, on y recommandait l'usage exclusif du français comme langue d'enseignement au baccalauréat. Gérald Larose, qui a présidé ses états généraux, ne tolère pas qu'on justifie l'offre de cours en anglais au nom de la concurrence. «Est-ce que notre but est de battre les universités anglophones? C'est quoi, le projet? Il y a une perversion dans la conception qu'on se fait de l'université. L'université francophone, c'est une institution qui participe à la collectivité pour lui permettre de produire des connaissances dans sa langue afin de les transmettre, de les diffuser, de rayonner», a-t-il soutenu. Selon lui, il y a une analogie à faire avec le débat de l'école publique et privée. «On permet que les éléments dynamiques d'une communauté puissent échapper à cette même communauté pour trouver refuge ailleurs», a-t-il souligné.
Nées des recommandations du rapport de la Commission, des politiques linguistiques ont été élaborées dans chaque université québécoise, servant à baliser l'usage des langues. Consciente des inquiétudes soulevées à la suite de l'annonce d'offre de cours en anglais à l'ESG, la direction de l'UQAM a annoncé qu'elle allait saisir le comité de permanence sur la langue et la commission des études pour s'assurer que ses actions sont conformes à la politique linguistique.
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