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Auteur : Sujet: Quoi de plus français que ce pays wallon ?  Bas
 SBJ
 Messages postés : 29
 Tora un nonosse
 SBJ
  Posté le 10/11/2003 11:20:11
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« En l'absence d'éléments objectifs suffisants pour justifier une nation, la population aurait pu exprimer la volonté d'en créer une. Elle ne le fait pas. La raison principale est qu'elle ne trouve pas en soi les références culturelles particulières qui pourraient fonder un quelconque stato-nationalisme, et si elle ne le fait pas c'est parce qu'elle est comme l'écrivait Destrée en 1923, « un morceau de France » (J. Destrée, « Wallons et Flamands », Paris, Plon, 1923, p. 14). La Wallonie procède de la France depuis le XIIème siècle pour ce qui est de sa langue et de sa culture. Selon Félix Rousseau, « Les Wallons ont une chance inouïe dans leur histoire : un dialecte d'oïl, apparenté à leurs propres dialectes, est devenu très tôt une langue universelle (le français). Ils s'y sont rattachés tout naturellement. Il n'y a jamais eu de culture wallonne. Ce n'est pas le dialecte qui a créé le trait d'union entre tous les Wallons, mais bien le français, autrefois comme aujourd'hui » (F. Rousseau, « La Wallonie, terre romane », Charleroi, 1967, p. 44). Et le grand Michelet, dans son Histoire de France : « Quoi de plus français que ce pays wallon ? » (J. Michelet, « Histoire de France », chap. I, Livre XV). S'il n'y a guère de connotation « linguistique » dans le combat wallon, c'est justement en raison de la proximité de la France.

« De surcroît, adossée à la République, la Wallonie fut le plus souvent dans le même camp, celui de la liberté et du progrès humain, la géopolitique et trois cents kilomètres de « frontières » qui n'en sont pas vraiment faisant le reste.

« A maintes reprises, l'intimité d'une histoire commune fut telle que la Wallonie a pu ressentir à l'égard de la France la connivence secrète d'une fille aînée ou d'une soeur cadette. Quand les Tournaisiens sont fidèles à Jeanne d'Arc, ils ne le sont pas parce que Wallons mais parce qu'ils sont attachés au royaume du pauvre Charles VII ; quand les volontaires hennuyers, namurois ou liégeois combattent à Jemappes aux côtés de Dumouriez, ils agissent ainsi parce qu'ils croient à la même liberté et à la même République que les soldats de Valmy. Et quand des résistants créent Wallonie libre en 1940 en écho à Charles de Gaulle et à la France libre, c'est parce qu'ils ont la même envie d'honneur et de démocratie. Nulle trace d'ethnicisme ici, point de nationalisme, mais le plébiscite permanent du peuple, cher à Renan, qui appelle et fonde la nation. Au-delà d'une langue et d'une culture communes, mais à travers elles et par elles, les Wallons entretiennent avec la France un même imaginaire, une même représentation du monde, un même système de valeurs. Et l'agressivité récurrente et complexée du régime belge à l'égard de la France n'a pas enlevé aux Wallons la profonde empathie qu'ils ont pour elle, dans ses heurs et ses malheurs, dans ses grandeurs et dans ses abaissements, dans ses humiliations comme dans ses gestes lumineux.

« Les Wallons ne désirent pas se constituer en nation parce que la France - même s'ils sont loin d'en être toujours conscients - reste leur patrie intellectuelle, leur source d'inspiration politique et idéologique à gauche comme à droite. Grâce à elle ils pressentent qu'ils ne sont pas des orphelins virtuels en Europe et qu'il y aura près d'eux une nation de rechange et de recours lorsque le « malheur belge » sera consommé. Le lien commun principal - pour ne pas dire unique - entre tous les Wallons et même entre les Wallons et les Bruxellois, c'est justement la culture française et non pas des institutions, un régime politique monarchique, ni une capitale bruxelloise qui serait reconnue par tous ».
(Extrait de P.-H. GENDEBIEN, « Le Choix de la France », éd. Luc Pire, Bruxelles, 2001, pp. 92-93)

"Il est certain que les peuples sont, à la longue, ce que le gouvernement les fait être" (Jean-Jacques Rousseau, Encyclopédie, 1735)

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